Le 27 août 2010

Cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle
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Mon linge a été lavé, mon sac est au placard. Mon bas de jogging est déjà parti à la poubelle, ma trousse de toilette vidée et nettoyée, mon matériel photo et vidéo rangé comme trois mois auparavant. Et la vie reprend…
Il y a trois soirs, je sillonnais encore les rues de Compostelle. J’avais retrouvé mon ami Johannes qui fêtait sa Compostella à travers un rituel que j’ai découvert avec amusement : le Paris-Dakar. En haut de la rue principale de Santiago : le bar Le Paris. En bas de cette même rue : le Dakar. Entre les deux : 28 bars ! Et les participants trimbalent une feuille qu’ils s’amusent à faire tamponner à chaque escale. Terrible !
Il y a trois soirs, je dansais sous les arcades qui font face à la cathédrale, entrainée par la célèbre Tuna de Derecho de Compostelle et sous les applaudissements des passants. (C’est filmé !!!)
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Dernière nuit dans un hôtel de luxe... A l'air libre.
J’allais ensuite me coucher entre deux haies d’un minuscule parc du centre ville avec Alain. Quelques amis nous avaient bien proposé un lit quelque part, mais il nous plaisait de profiter de cette dernière nuit de liberté. Pour plaisanter j’avais utilisé nos bâtons de marche et nos cirés pour confectionner un abri de fortune… J’avais été bien inspirée, puisque la pluie s’était invitée aux alentours de 5 heures du matin, nous forçant à entamer cette dernière journée un peu plus tôt que prévu.
Un petit café au Dakar avant de pénétrer la superbe cathédrale, déserte au petit matin. Nous nous attardons sur les reliques de Saint Jacques, point final de ce pèlerinage désormais accompli. Je prends enfin le temps de me recueillir. Je pense à tous ceux dont j’ai croisé la route et qui ont transformé d’une manière ou d’une autre mon chemin : ceux qui m’ont conseillée, soutenue, hébergée ou nourrie ; ceux qui ont suivi mon chemin à travers mon blog, qui m’ont touchée par leurs messages et leurs témoignages ; mes parents, mes amis et Guillaume ; les hospitaliers, français, espagnols ou autres ; les pèlerins de tous horizons… J’essaie de faire remonter à moi les noms de ceux qui ont marqué cette aventure. Mais il y en a tellement ! Ici, les yeux clos et le cœur lourd, je prie pour eux, pour vous. Pour vous tous qui m’avez portée là où je suis.
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Une pensée pour tous ceux qui ont marqué mon chemin.
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File d'attente devant la Porte du Pardon, ouverte exclusivement les années saintes.
Qu’il est dur de parcourir à rebours le camino frances. Je vois depuis la fenêtre du bus les noms de villages qu’hier encore je traversais. Je suis partagée entre l’excitation du retour et le désespoir d’abandonner pour toujours ce chemin qui a comblé ma vie pendant plus de deux mois.
Dans mon appartement de Montreuil (93), je redécouvre ma vie là où je l’avais laissée le 12 juin dernier. Je suis un peu perdue. Normal. Heureusement pour moi le chemin de Compostelle se rappelle à mon bon souvenir à chaque pas… Verdict du radiologue devant le scan de mon pied droit : fracture de fatigue. « Vous avez beaucoup marché mademoiselle… »

Retour fracassant...
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Souvenir du chemin.
Un jour j’avais dit à quelqu’un sur le chemin : « J’irai jusqu’au bout, c’est sûr. En rampant, mais j’irai. » Je suis un peu paniquée à l’idée de rester immobilisée pendant trois semaines. Il me tarde de reprendre le sport et… j’ai la bougeotte !
J’imagine que c’est le prix à payer pour avoir vécu cette expérience, à la fois simple et folle, riche de rencontres et d’enseignements dont je ne vais pas dresser la liste.
J’ai la prétention d’espérer que mon récit aura donné l’envie à certains de (re)partir à leur tour, sur le chemin de Compostelle ou ailleurs ; et à tous l’occasion de partager une histoire. Je ne sais pas encore où tout cela me mènera mais qu’importe, puisque l’important n’est pas le but mais le chemin emprunté pour l’atteindre. Et plus il sera tortueux, plus il me rendra heureuse.
Céline Chevallier
Le 24 août 2010

Eduardo, espagnol, parcourt sa dernière étape pieds nus. Une promesse.
A attendre longtemps quelque chose, on est souvent déçu. Moi je n’attendais rien de particulier. Santiago, je n’y avais pas vraiment pensé, je n’avais rien imaginé de spécial. Effectivement rien n’arrive. Pas d’illumination pour moi, ni révélation ni rien du tout. Rien.
Hier a été une journée éprouvante. Alain et moi avons marché sous la pluie des heures durant. Moi en chaussettes dans mes chaussures ouvertes pour soulager mes ampoules, claudiquant dans la gadoue. Génial ! Le ciel se dégage en fin d’après-midi et nous profitons de la tombée de la nuit pour prendre un peu d’avance.
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Au réveil nous ne sommes plus qu’à 10 km de Santiago. Nous sommes émus… Nous nous arrêtons au camping pour prendre une douche (nous avons dormi sous la tente) et nous faire « beaux » pour la fin de notre aventure. Alain se rase et s’arrête même chez le coiffeur !
Nous entrons doucement dans la ville, suivons le fléchage jaune et répondons aux saluts joyeux des cyclistes. La bonne humeur règne aux abords de Santiago, les pèlerins et touristes se font de plus en plus nombreux. Je marche souriante et légère. J’essaie d’imaginer comment sera mon arrivée, que vais-je dire et faire, qui vais-je retrouver, que vais-je ressentir ?
Et soudain sans crier gare, la cathédrale me fait face. Je sursaute presque. C’est terminé, je suis arrivée. C’est fini. Là, maintenant, ce pourquoi j’ai marché des mois durant est devant moi. Et je me sens vide.
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Je reste plantée là, hébétée au milieu de la place pavée, étrangère à la foule délirante de bonheur. J’ai un haut-le-coeur et une première larme coule sur ma joue. Un immense « rien » pénètre mon corps tout entier et je ne peux résister à la pression plus longtemps. J’éclate en sanglots. Je suis inconsolable, incapable d’exprimer le vide qui m’habite désormais, le visage inondé d’une tristesse que je ne comprends pas encore.

Johannes tient sa compostella...
Je marche sans but. Ma compostella en poche, je traîne ma nostalgie dans les rues de Santiago. Je n’ai aucune envie d’écrire, de filmer ou prendre des photos. Je me confie par téléphone à mon père qui m’encourage à profiter de l’endroit : mon bus pour Paris est demain matin, j’ai peu de temps pour travailler.
Vous écrire à vous tous qui me lisez depuis plus ou moins longtemps me redonne le sourire. Et la force, enfin, de pénétrer dans la cathédrale pour y découvrir le tombeau de Jacques le Majeur. Je suis émue de rédiger cet avant- dernier article qui me force à réaliser ce qui m’arrive. Il me reste à rentrer chez moi pour retrouver mes proches et ma vie parisienne. Il sera alors temps pour nous tous de se dire au-revoir.
En attendant il me reste une mission à accomplir : passer les sept portes de Compostelle !
Céline Chevallier
August 24th, 2010
For waiting for a long time for something, we are often disappointed. I waited for nothing particular. Santiago, I had not really thought about it, I had imagined nothing special. Effectively nothing arrives. No illumination for me, neither revelation nor absolutely nothing. Nothing.
Yesterday was a testing day. Alain and I walked in the rain for hours. I in socks in my opened shoes to relieve my bulbs, limping in the mud. Brilliant! The sky gets clear late in the end of the afternoon and we take advantage of the nightfall to set a little beforehand.
In the awakening we are not more than in 10 km from Santiago. We are moved … We stop in the campsite to take a shower (we slept under the tent) and make us « beautiful » for the end of our adventure. Alain shaves himself and even stops at the hairdresser’s!
We enter slowly the city, follow the yellow road signs and answer the joyful cyclists’greetings. Cheerfulness reigns around Santiago, the pilgrims and the tourists are more and more numerous. I walk smiling and light. I try to imagine how my arrival will be, what I am going to tell and make, who I am going to find, what I am going to feel?
And suddenly without a warning, the cathedral faces me. I almost.jump It is ended, I arrived. It is finished. There, now, this why I walked for some months is in front of me. And I feel empty.
I remain standing there, dulled in the middle of the paved square, foreign to the delirious of happiness crowd. I feel sick and a first tear flows on my cheek. An immense « nothing » penetrates into my whole body and I can resist to the pressure no longer. I burst into sobs. I am inconsolable, incapable to express the space which lives in me henceforth, the face flooded with a sadness which I do not still understand.
I walk aimlessly. My compostella in pocket, I drag my nostalgia in the streets of Santiago. I do not want to write, to film or to take photos. I phone my father and he encourages me to take advantage of the place: my bus for Paris goes tomorrow morning, I have little time to work.
Writing to you, all of you who read to me since more or less for a long time, restores my smile. And the strength, finally, to penetrate into the cathedral to discover it Jacques le Majeur’s grave. I am moved to draft this before last article which forces me to realize what happens to me. I have to go back hometo find my close relations and my life in Paris. It will be then time for all of us to say goodbye.
While waiting for I have a mission to be carried out: to cross the seven doors of Compostelle!
Le 22 août 2010

Réveil brumeux. Réveil heureux...
Le compte à rebours a commencé. Des bornes kilométriques ponctuent le chemin tous les 500 mètres. Je marche désormais avec Cédric et Alain. Mes douleurs aux pieds étant de plus en plus intenses, je suis incapable d’aligner plus de 20 kilomètres à la fois.

Andrew est étudiant en médecine. Ce bulgare parti de Séville parcourt le Camino avec son énorme sac de secours pour soigner les bobos quotidiens des pèlerins.
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Andrew ausculte mon pied enflé. Il parle de fracture... Je préfère ne pas y penser.
Nous sommes tous les trois d’accord pour ne plus nous préoccuper des étapes établies mais marcher jusqu’à ce que la fatigue nous gagne, et dormir de jour ou de nuit suivant les occasions. Je peux ainsi reposer mes jambes lourdes, soigner mes ampoules et soulager ma tendinite. Nous nous douchons comme nous pouvons dans les auberges, l’après midi.
J’accomplis une nouvelle mission lancée par un lecteur de ce blog : réaliser un kilomètre en marche arrière. Expérience intéressante !
Il fait nuit noire et je suis un peu en arrière. Je distingue devant moi mes deux amis, de 18 et 60 ans en pleine conversation. Je suis si heureuse de terminer cette aventure avec eux. Je partage pleinement mon bonheur avec Alain, qui a lui aussi parcouru la voie de Vézelay. Nous stoppons dans un champ d’herbes folles qui forment un immense matelas. C’est extrêmement confortable : nous nous endormons comme trois gamins sous les étoiles, le cœur léger.
Cédric jette l’éponge. Ses genoux l’implorent au repos, et son envie de rejoindre Brieg (déjà arrivé à Santiago) est trop forte. Bon vent petit frère de cœur. J’ai aimé marcher à tes côtés, ton amitié m’a été si précieuse.
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Cette nuit il a plu. L'occasion pour Alain de rentabiliser sa tente dont il ne s'est pas encore servi en Espagne... Il trimballe sans broncher ses 17 kilos sur le dos. Merci "papalain" !
Nouvelle soirée de marche avec Alain. Comme les derniers kilomètres me pèsent ! Nous prenons le temps de discuter avec ceux que nous croisons : un groupe sympathique de « tourigrinos », trois jeunes garçons venus de Poitiers, un madrilène à qui je donne de la crème cicatrisante…

Ewan, John et Timothy viennent de Poitiers avec deux accompagnateurs. Je suis séduite par leur énergie !
Nous imaginons notre retour, planifions nos 40 derniers kilomètres. Alain se prend la tête pendant 20 bonnes minutes sur la manière dont il va laver ses vêtements… « Parce que je veux rentrer chez moi avec ce short que j’ai presque tout le temps utilisé tu vois ? Je veux rentrer en pèlerin… Alors je peux le nettoyer dans un lavomatic, et puis il sèchera sur mon sac. Oui mais si je le lave à Santiago il n’aura pas le temps de sécher… Sinon je mets l’autre, ça n’est pas grave. (..) Ou alors je ne le lave pas, c’est tout ! » Je suis morte de rire.
Et puis je passe du rire aux larmes. Je prends peu à peu conscience que tout sera bientôt fini. Et je n’y peux rien faire, seulement profiter. PROFITER !

Sac à dos étiquetés, prêts à prendre le taxi pour retrouver leurs propriétaires à l'étape suivante. Cette méthode énerve un peu les courageux, mais je trouve que c'est une bonne formule. A chacun son chemin. Qu'on soit sportif ou non, aventurier ou en quête d'une semaine tranquille, le Camino appartient à tous.
Céline Chevallier
August 22nd, 2010
The countdown began. Kilometre markers punctuate the road every 500 meters. I walk henceforth with Cédric and Alain. My pains in feet being more and more intense, I am incapable to align more than 20 kilometers at once.
We are all right all three not to worry any more about established stages but walk until tiredness creeps over us, and sleep in the daytime or at night following the opportunities. I can so rest my heavy legs, look after my bulbs and relieve my tendinitis. We take a shower as we can in inns, in the after noon.
I carry out a new mission given by a reader of this blog: realize one kilometer in reverse. Interesting experience!
It’s dark black and I am little behind. I distinguish in front of me my two friends, 18 and 60 yearsold in great conversation. I am so happy to end this adventure with them. I share completely my happiness with Alain, who crossed the way of Vézelay too. We stop in a field of wild grasses which make an immense mattress. It is extremely comfortable: we fall asleep as three kids under stars, with light heart.
Cédric overlooks it. His knees implore him for rest, and his desire to join Brieg (already arrived at Santiago) is too strong. Good wind small brother of heart. I liked walking by your side, your friendship was so precious for me.
New evening of walking with Alain. As the last kilometers weigh me! We take time to discuss with those whom we meet: a nice group of » tourigrinos « , three young boys come from Poitiers, an inhabitant of Madrid to whom I give some healing cream…
We imagine our return, plan our last 40 kilometers. Alain complicates things during 20 good minutes on the way he is going to wash his clothes… » Because I want to return at home with this pair of shorts which I used almost all the time you see? I want to return in pilgrim… Then I can clean it in a lavomatic, and then it will dry on my bag. Yes but if I wash it in Santiago it will not have time to dry… Otherwise I put the other one, that is not grave. (..) Or then I do not wash it, that’s all! » I am killing myself laughting.
And then I pass from laughter to tears. I become aware little by little that everything will soon be finished. And I cannot do anything about it make, only take advantage. TAKE ADVANTAGE
Le 20 août 2010
O Cebreiro
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Bonne surprise en redescendant d’O Cebreiro, je retrouve Cédric, mon jeune scout venu de Nantes (carnet 25). Il a dû laisser partir devant son ami Brieg pour cause de douleurs au genou. Il envisage de prendre le train dans quelques kilomètres. Il est déçu de devoir abandonner si près du but, mais préfère se sacrifier pour ne pas retarder Brieg. Je fais route avec lui et le motive un peu. « Rien n’est fini, tu n’es pas encore dans le train. »
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Entrée en Galice
Nous décidons de marcher de nuit pour éviter la foule de pèlerins venus arpenter les derniers kilomètres vers Santiago. Nous papotons sous les étoiles, buttons dans les cailloux du chemin accidenté, entonnons des chants à deux voix. On s’arrête boire un café de temps en temps. Peu à peu nos éclats de rires s’estompent, notre souffle se fait plus court. Nous étendons nos matelas dans un parc à 3h30 du matin, ravis de ce que nous venons d’accomplir.
Les pas des pèlerins nous réveillent dès 5 heures du matin. Les « clic clac » des bâtons de marche résonnent dans les rues. Des couples, des groupes d’amis et bientôt des familles entières trottinent sur les pavés. Pour la plupart, ils me semblent assez frais et dispos. Beaucoup n’ont pas de sac à dos.
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Le 21 août 2010
Je retrouve les deux Alain, un peu moroses. L’ambiance se dégrade peu à peu sur le chemin. Les auberges ne sont plus aussi propres, on parle beaucoup des punaises de lit dont je connais quelques victimes. Le contentieux entre cyclistes et pèlerins prend de l’ampleur: les premiers, étant plus rapides, remplissent les auberges dès le début de l’après midi. D’étranges combines semblent s’opérer : on aperçoit de temps en temps un 4×4 charger ou décharger des pèlerins aux abords des étapes. On appelle ces derniers les « tourigrinos » contraction de touristes et de peregrinos (pèlerin en espagnol)… J’écoute les critiques des uns et des autres mais reste extérieure à ce genre de préoccupations. Je ne ressens aucune animosité à l’égard de qui que ce soit.
Enfin la borne qui indique Santiago à 100 kilomètres apparaît. Nous fêtons ce passage symbolique en nous brossant les dents… Significatif, non ?

Encore 100 kilomètres...
J’aimerais beaucoup développer cette idée d’une arrivée proche qui à la fois m’attire et me fait peur. Mais tout ce qui me vient, là, c’est : « J’ai tellement envie de rentrer chez moi ! » Je pense à mon compagnon et à mes amis qui me manquent, à ma tendinite qui veille à ne pas se faire oublier, à la fatigue de ces deux mois sur les routes… Et je prends enfin la décision de la fin de mon voyage à Santiago : non, je n’irai pas à Finisterre.
Celine Chevallier
August 20th, 2010
Pleasant surprise by getting down again from O Cebreiro, I find Cédric, my young boy scout come from Nantes (pad 25). He had to let leave in front of him his friend Brieg because of pains in the knee. He intends to take the train in some kilometers. He is disappointed to have to abandon so near the purpose, but prefer to sacrifice for not delaying Brieg. I make road with him and motivate him a little. » Nothing is finished, you are still not in the train. »
We decide to walk at night to avoid the crowd of pilgrims come to measure the last kilometers towards Santiago. We chat under stars, earth up in the pebbles of the uneven road, intone songs in two voices. We stop drinking a coffee from time to time. Little by little our roars of laughter become blurred, our breath makes shorter. We spread our mattresses in a park at 3:30 am in the morning, delighted with what we have just carried out.
The pilgrims’steps wake us at 5 am in the morning. » Clic-clac « of sticks resound in streets. Couples, groups of friends and soon whole families walk on pavements. For the greater part, they seem to me rather fresh and in good form. Many have no rucksack.
August 21st, 2010
I find both Alain, a little bit gloomy. The atmosphere degrades little by little on the road. Inns are not so clean any more, one speaks about many of the bedbugs of bed whose some victims I know. The dispute between cyclists and pilgrims is growing: the first ones, being faster, fill inns from the beginning of the after noon. Strange tricks seem to take place: we perceive from time to time a 4×4 loading or unloading pilgrims around the stages. We call these last ones » tourigrinos » contraction of tourists and peregrinos (pilgrim in Spanish) … I listen to the criticisms and remain outside this kind of concerns. I feel no hostility towards whoever it is.
Finally the border which indicates Santiago 100 kilometers appears. We celebrate this symbolic passage by brushing our teeth … Significant, no?
I would like very much to develop this idea of a close arrival which at the same time attracts me and frightens me. But all which comes to me, there, is: » I want to go back home! » I think about of my companion and my friends who miss me, about my tendinitis which watches not be forgot, about the tireless of these two months on roads … And I finally make the decision of the end of my journey in Santiago: no, I shall not go to Finisterre.
Le 18 août 2010
Après une journée de repos mon pied droit ne désenfle pas. Le soir je le montre à un cycliste « qui s’y connait », selon Iñaki l’hospitalier de Molinaseca. Le verdict est sans appel : j’ai deux tendons coincés l’un dans l’autre. Je saute au plafond dès qu’Angel (c’est son nom) pose un doigt à l’endroit inflammé. Soit je continue comme ça jusqu’à ne plus pouvoir marcher (bientôt), soit Angel me remet le tout en place. Il m’explique comment il va glisser son doigt entre les deux tendons et m’avertit de la douleur à venir. Dis-donc Iñaki, tu es sûr qu’il s’y connait le cycliste ?
Je n’ai pas de temps à perdre et j’ai surtout très mal. Je m’enquille deux chupitos (petits verres d’un alcool de provenance inconnue mélangé à ce qui me semble être du citron), et c’est parti ! Angel me bloque le pied et commence le massage. Je hurle de douleur en mordant mon foulard. Je réalise alors que je viens de confier mon pauvre pied à un parfait inconnu, au risque de… Tiens ! La douleur s’est arrêtée.

Chats sauvages du refuge de Molinaseca.

Matias. "Je sais que ce n'est pas noël, mais veux-tu passer une super nuit ?"
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Iñaki invite les pèlerins à goûter la tarte de Santiago, aux amandes.
Le 19 août 2010

Pause soins. De gauche à droite de haut en bas : piqûres d'insectes, coups de soleil, tendinite, cicatrisation, désinfectant, arnica pour courbatures, flacon d'alcool pour aiguille et ciseaux, Ibuprofène.
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Je sentais que cette étape allait changer mon chemin, je ne m’étais pas trompée. Je peux à nouveau marcher. Je vole même. Rien ne semble plus pouvoir m’arrêter. Je soigne ce qu’il me reste de tendinite à coup de rivière gelée, de crème et d’Ibuprofène. Et cette vilaine ampoule qui campe sur mon talon gauche ne saurait me ralentir. Avez-vous vu ce film, Forest Gump, où le héros, recevant une paire de baskets, se met à courir et ne s’arrête plus jamais ? Je dépasse un village, puis deux et trois. Aucune fatigue. Alors je continue, encore et encore. A chacun sa drogue ! Aujourd’hui je ressens le besoin de me dépasser, d’avancer jusqu’à n’en plus pouvoir. Comme chaque jour je côtoie des pèlerins espagnols et italiens pour la plupart, à pied ou en vélo, qui viennent de plus ou moins loin. Candela et Sergio sont frère et soeur, et vivent à Cordoba (Andalousia). Je leur raconte mon aventure. Ils sont presque honteux de m’annoncer qu’aujourd’hui… c’est leur premier jour ! Moi je trouve ça super, et je me rappelle le jour de mon départ de Paris, le 12 juin dernier. Un premier jour il doit y avoir, et quelle que soit la durée du périple, je trouve ça génial de prendre la décision de partir marcher. Dans ce monde où tout va si vite, la marche s’inscrit comme une réponse au stress, comme un moyen de se retrouver, seul ou à plusieurs.

Candela et Sergio, aux abords de Villafranca.

Première étape bouclée à Villafranca.
Céline Chevallier
August 18th, 2010
After rest day my right foot does not become less swollen. In the evening I show it to a cyclist » who knows there « , according to Iñaki the « hospitalier » of Molinaseca. The verdict is without appeal: I have two stuck tendons the one in the other one. I jump in the ceiling as soon as Angel (it is his name) put a finger in the inflamed place. Either I continue like that until be unable to walk any more (soon), or Angel puts all back in place for me quite ready. He explains to me how he is going to slide his finger between both tendons and warns me of the pain to come. Iñaki, you are ssure that he knows, the cyclist there?
I have no time to lose and I have especially pain. I drink two chupitos (small glasses of an alcohol of unknown origin mixed in what seems to be lemon), and let’s go! Angel screws down my foot and begins the massage. I roar with pain by bitting my scarf. I realize I have just entrusted my poor foot to a perfect stranger, at the risk of… Hey! The pain stopped.
August 19th, 2010
I felt that this stage was going to change my road, I had not made a mistake. I can walk again. I even fly . Nothing more seems to be able to stop me. I look after what it remains to me of tendinitis with ice-cold river, cream and Ibuprofen. And this naughty bulb which camps over my left heel would not slow down me. Did you see this movie, Forest Gump, where the hero, receiving a pair of baskets, begins running and never stops? I exceed a village, then two and three. No tiredness. Then I continue, again and again. For eachone his drug! Today I feel the need to exceed myself, to move until be unable any more.
As every day I am next to Spanish and Italian pilgrims for the greater part, on foot or on bike, who come from more or less far. Candela and Sergio are brother and sister, and live in Cordoba ( Andalousia). I tell them my adventure. They are almost shameful to announce me that today it is their first day! I find that great, and I remember the day of my departure from Paris, on June 12th . A first day there should be, and whatever the duration of the trip is, I find that brilliant to take the decision to leave walking. In this world where everything goes so fast, walking joins as an answer to the stress, as a means to meet, alone or to some.
Le 17 août 2010
Etape de Najarin.
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J’enfile ma chaussure droite en serrant les dents. Je fais quelques pas… C’est douloureux. Je dois me rendre à l’évidence : cette fois je suis battue. Le dessus du pied est toujours très gonflé, c’est une inflammation. Après quelques kilomètres la douleur s’estompe mais je suis désormais très lente. Je me sens si seule et faible, je suis en colère contre moi-même. A force de boitiller, de nouvelles ampoules viennent troubler mon voyage vers Ponferrada.

Affichage sauvage
Soudain j’aperçois un endroit qu’il me tardait de découvrir : Le Cruz de Hierro. C’est ici que je dois déposer une pierre venue de chez moi. J’avais demandé à mon père de me choisir un caillou aux alentours de la maison familiale qu’il vient de racheter en Anjou. Je me sépare alors de 28 grammes 612 (mon père a tenu à l’inscrire au feutre) sensés représenter le poids des erreurs passées. J’ai la chance d’être déjà en paix avec ce que j’ai pu faire ou être auparavant. Mais je suis heureuse de cet abandon symbolique qui me permet de repartir le coeur léger.
Je repars et décide de stopper à Molinaseca. Malheureusement je me perds dans la montagne… Je mets plus d’une demi-heure à me rendre compte que les balises jaunes ont disparu ! C’est alors que je prends une décision parfaitement stupide : apercevant le village en contrebas je choisis de tracer droit devant, sans plus me préoccuper des sentiers battus. Le chemin se transforme peu à peu en un vague tracé terreux avant de disparaître sous les herbes. Têtue, je continue encore un peu. Et puis je m’arrête.

Cruz de Hierro
Je ne m’étais pas rendue compte de la distance qui me sépare de Molinaseca. La pente est désormais abrupte, trop dangereuse pour moi qui suis chargée, boiteuse et fatiguée. Je dois faire demi- tour et tout regrimper sous un soleil accablant. Evidemment je n’ai plus d’eau (sinon ce serait trop facile).
J’arrive à Molinaseca épuisée. J’ai l’impression d’être au bord du gouffre. C’est pourtant ici, dans une auberge du 12ème siècle que je retrouve enfin la direction du bonheur. Auprès de deux hospitalieros qui me prennent sous leur aile. En quelques minutes, je retrouve mon sourire et ma joie de vivre. Ingnaqui et Matias me traitent comme une reine. Ils me nourrissent, me font rire, me soignent et me forcent au repos. J’accepte leur invitation à passer une journée de plus avec eux. Je goûte à la tarte de Santiago, flemmarde au lit jusqu’à 11 heures et regarde même la télévision… Une émission captivante sur la manière de conserver une peau parfaite durant l’été. J’aimerais savoir ce qu’en pensent mes pieds… Après une semaine à pédaler dans le vide je recouvre mes bonnes sensations. De retour sur la bonne voie.
Céline Chevallier
August 17th, 2010
I thread my right shoe by clenching teeth. I make some steps… It aches. I have to face the evidence: this time I am beaten. The top of the foot is still very swollen, it is an inflammation. After some kilometers the pain becomes blurred but I am henceforth very slow. I feel so alone and weak, I am angry with myself. Due to limping, new bulbs come to disturb my journey towards Ponferrada.
Suddenly I perceive a place which it delayed me discovering: the Cruz of Hierro. It is here that I have to put down a stone come from my home. I had asked to my father to choose a pebble near the family house which he has just acquired in Anjou. I part then from 28,612 grams (my father was anxious to register it with a on the felt-tip) sensible to represent the weight of the past errors. I am lucky to be already in peace with what I could make or be previously. But I am happy of this symbolic abandonment which allows me to restart with light heart.
I leave and decide to stop in Molinaseca. Regrettably I get lost in the mountain… I put more than half an hour realizing that the yellow beacons had disappeared! It is then that I make a perfectly stupid decision: perceiving the village below I choose to go straight front, without worrying me more about well-trodden paths. The road is transformed little by little into a vague earthy plan before disappearing under herbs. Stubborn, I still continue a little. And then I stop.
I had not realized the distance which separates me from Molinaseca. The slope is henceforth abrupt, too dangerous for me who am in charge of, lame and tired. I have to make a U-turn and re-climb everything under an oppressive sun. Obviously I do not have water anymore (otherwise it would be too easy).
I arrive, exhausted, at Molinaseca. I have the impression to be on the edge of the abyss. It is nevertheless here, in an inn of the 12th century that I find finally the direction of the happiness. With two hospitalieros wh) take me under the wing. In some minutes, I find my smile and my joy of living. Ingnaqui and Matias treat me as a queen.
They feed me, make me laugh, look after me and force me to the rest. I accept their invitation to pass one day furthermore with them. I taste the tart of Santiago, laze in bed till 11 hours and even watch TV… A fascinating broadcast on the way of keeping a completed skin during summer. I would like to know what my feet think about it… After one week to pedal in the space I recover my good sensations. Return on the good way.
Le 16 aout 2010

Paysage. Le chemin longe parfois l'autoroute.
Quelque chose a changé. J’ai marché dans le présent sur 1700 km, ne cherchant rien d’autre qu’à vivre au maximum mon aventure. Mais depuis que j’ai quitté Leon, je marche vers Santiago. Que les kilomètres me semblent longs… J’ai commis l’erreur de me voir arriver avant l’heure, comme l’indique le titre de mon précédent article : « Le début de la fin ».
J’ai bêtement baissé ma garde, relaché la pression, et me suis laissée submerger par la fatigue et quelques mauvaises pensées… Quelle que soit la personne a qui j’apprends que je viens de Paris, la réaction est sensiblement la même : « Le plus dur est fait, ce qu’il te reste à faire n’est rien. » C’est aussi ce que j’ai cru… A tort. Ce soir j’ai dépassé Astorga et il me reste près de 300 km à parcourir. Ce n’est pas « rien ». Le fait est que j’ai le dessus du pied droit enflé et que je boite sévèrement. J’avance pourtant rapidement, avalant entre 35 et 40 km par jour. Non pas que je cherche à creuser mon avance. La marche est devenue pour moi quelque chose de mécanique, et j’ai désormais presque du mal à m’arrêter. Je veille à manger mieux et troque mes habituels gâteaux et autres cochonneries contre de la salade et du jambon, des laitages et du pain. Mon moral remonte peu à peu.
Je remplis aujourd’hui une nouvelle mission lancée par une lectrice de ce présent blog : emprunter le chemin du retour sur un kilomètre. C’est en croisant François, jeune homme de 23 ans qui a déjà effectué la voie du Puy, que je décide de faire demi-tour. Je lui propose de l’accompagner et nous discutons un peu. Je lui expose mon projet, il me raconte quelques annecdotes. Il est d’un abord réservé et cette petite distance est insuffisante pour réellement partager son aventure.

Je marche sur le retour avec François, 23 ans.
Cette expérience du retour est néanmoins sympathique et m’amène à me poser des questions. Marcher en sens inverse n’est pas anodin, et cela me donne presque envie de rentrer à pied !

Direction inverse.
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Le moment est venu pour moi de faire demi-tour à nouveau. Cette fois c’est psychologiquement douloureux, j’ai comme une impression de déjà vu… Au moment où j’ai failli flancher, cet aller-retour sonne comme une perte de temps.
Pourtant, il me rappelle que le chemin est encore long et plein de surprises. Rien n’est gagné, tout est encore à faire.
Et j’aime cette idée.
Céline Chevallier
August 16th,2010
Something changed. I walkedin the present on 1600 km, searching nothing else than to live at most my adventure. But since I left Leon, I walk towards Santiago. How kilometers seem long to me … I made the error to see arriving prematurely, as indicates it the title of my previous article: » the beginning of the end « . I silly lowered my guarding, slackened pressure, and was submerged by tiedness and some bad thoughts … Whatever is the person s who I learn that I come from Paris, the reaction is appreciably the same: » most hard is made, what you have to make is nothing. » It is also what I believed … Wrongly.
This evening I exceeded Astorga and I have about 300 km to be crossed. It is not « nothing ». The fact is that my right foot is swollen and that I severely limp. I move nevertheless quickly, swallowing between 35 and 40 km a day. Not that I try to dig my advance. Walking became for me something mechanical, and I have henceforth almost difficulty in stopping. I watch to eat better and exchange my usual cakes and other mess for salad and ham, dairies and bread. My morale raises little by little.
I perform a new mission today, launched by a reader of this present blog : take the way back on a kilometer. As I meet François, 23-year-old young man who has already made the way of the Puy, I decide to turn back. I suggest accompanying him and we discuss a little. I explain him my project, he tells me some annecdotes. He is reserved and this small distance is insufficient to share really his adventure. This experience of return is nevertheless nice and leads me to ask questions to myself . Walking the other way around is not harmless, and it almost tempts me to return on foot! The moment came for me to turn back again. This time it psychologically aches, I have for an impression of already seen …
As I almost wavered, this round trip rings as a waste of time. Nevertheless, it reminds me that the road is still long and full of surprises. Nothing is won, everything is to be made again. And I like this idea.
Le 13 août 2010

Brieg et Cedric marchent vers Terradilos de Templarios sous le soleil qui tire doucement vers l'horizon.
Je regarde partir mes deux amis. Je filme leurs silhouettes qui se fondent peu à peu avec l’horizon. Je reste plantée en plein milieu du chemin, hébétée. Après ces trois jours avec Brieg et Cédric, je ressens comme une immense gueule de bois. Je laisse défiler devant mes yeux fatigués les images de cette épopée vers Leon.

Réveil tardif. Plus tard Brieg me fera don de son sweet-shirt pour remplacer ma polaire...
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Je revois le sourire de Brieg, son visage lumineux et candide, ses éclats de rires. Porte à porte à la recherche de nourriture, bain de minuit dans la piscine municipale (chut…), nuits à la belle étoile, chants, discussions animées à marche forcée. J’ai été subjuguée par la maturité de ces deux jeunes scouts, séduite par leur naturelle gentillesse et leur sens du partage, impressionnée par la façon dont ils appréhendent le monde. Ensemble nous avons dépassé nos différences (d’âge et de milieu social…) et avons tout partagé. Jusqu’aux miettes de biscuits ! Je les quitte grandie, apaisée et pleine d’espoir.
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Je ne peux malheureusement pas les suivre. Les 40 / 45 km qu’ils avalent par jour, le manque de nourriture et de sommeil m’ont laissée sur le carreau. J’ai repéré les premiers signes de faiblesse il y a deux jours. Aujourd’hui mon corps me rappelle au besoin de me reposer. J’ai les mains qui tremblent, mes jambes ne me portent plus, les yeux me piquent et mon coeur s’emballe au moindre effort. Hier, alors que je fêtais mes deux mois sur le chemin, j’ai compris que je devais prendre soin de moi si je voulais mener à bien mon projet.

Salle de bain extérieure : eau fraîche et intimité garantie...

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Brieg, 19 ans, vit à Nantes et envisage de donner sa vie à Dieu.
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Le 14 août 2010

Arrivée à Leon.
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.J’entre dans Leon le cœur serré. Je sais que cette étape marque le début de la fin de mon aventure. Dernière ligne droite vers Compostelle. Je marche sur la ville avec Alain, mon ami rencontré à Saint-Palais et qui a comme moi suivi la voie de Vézelay. Nous qui nous sommes retrouvés maintes fois le long du Camino frances nous sentons proches l’un de l’autre. Puisqu’il est ma plus ancienne rencontre, il est un peu un repère pour moi, quelqu’un en qui j’ai parfaitement confiance. Nous échangeons nos impressions, à la fois nostalgiques et excités à l’idée d’achever notre périple.
Je réalise peu à peu à quel point il me sera difficile de revenir.
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Vaisselle solidaire dans une auberge.
Céline Chevallier
August 13th, 2010
I watch my two friends leaving. I film their silhouettes which blend little by little with the horizon. I remain standing in the middle of the road, dulled. After these three days with Brieg and Cédric, I feel as an immense hangover. I let disentangle my tired eyes the images of this epic towards Leon.
I see again Brieg’s smile, his bright and artless face, his roars of laughter. Door to door in search of food, midnight swim in the municipal swimming pool (hush), nights under the stars, singings, discussions …. I was subjected by the maturity of these two young boy scouts, seduced by their natural kindness and their sense of sharing, impressed by the way they see the world. Together we exceeded our differences (of age and social environment) and shared everything. Up to the crumbs of biscuits! I leave them increased, calmed and full of hope.
August 14th 2010
I cannot regrettably follow them. The 40 / 45 km that they swallow a day, the lack of food and sleep left me on the stone floor. I spotted the first signs of weakness two days ago. Today my body calls back me the need to rest. I have hands which tremble, my legs do not carry me any more, my eyes prick and my heart is carried away in the slightest effort. Yesterday, while I celebrated my two months on the road, I understood that I had to take care of myself if I wanted to bring my plan to a successful conclusion .
.I enter in Leon with tight heart. I know that this stage marks the beginning of the end of my adventure. Final straight towards Compostelle. I walk on the city with Alain, my friend met in Saint Palais and who followed as me the way of Vézelay. We who have found eachother many times along Camino Frances feel close one of the other one. Because he is my most former meeting, he is a little a mark for me, somebody I perfectly trust. We exchange our impressions, at once nostalgic and incited at the idea of finishing our trip.
I realize little by little to which point it will be difficult to me to return.

Cathédrale de Burgos
A Burgos je visite la cathédrale. Sublime. Je prends le temps de m’y recueillir en pensant tout particulièrement à mes proches côté paternel. Je porte dans mon sac le voeu écrit par ma grand-mère : que la paix soit avec notre famille. Je ne sais pas très bien prier. Alors je ferme les yeux pour me concentrer sur ceux qui déjà se sont envolés dans les étoiles. Je le fais pour mon papa, mes grands-parents… Pour ceux qui restent.
Le 10 août 2010
Cela devait arriver un jour. Ce jour, c’est aujourd’hui. J’ai perdu ma carte bancaire. Voilà c’est fait, au moins je n’ai plus à y penser. Je vide et fouille entièrement mon sac, je le retourne dans tous les sens : rien. Curieusement, je ne suis pas énervée. Je prends la chose comme elle vient, sereinement. Il me semble que je suis parvenue à une confiance en moi telle, qu’aucune difficulté matérielle ne me semble insurmontable. Je réfléchis. J’ai dû la laisser tomber cette nuit… Il faisait nuit noire et j’étais fatiguée. Je suis sortie du chemin et j’ai aperçu un bosquet sur le bas-côté. Je me suis enfoncée entre les arbres, j’ai déplié mon matelas, enfilé mon sac de couchage et me suis effondrée. Quel bonheur de m’endormir bercée par le bruit du vent dans les feuilles !
Je prends conscience que ma condition à changé. Je suis peut-être devenue une vraie baroudeuse…
Le réveil fut un peu frais. Je me tenais là, debout dans la bise matinale, claquant des dents à la recherche d’un vêtement chaud. Le moment fut donc venu de découvrir que j’avais aussi perdu ma polaire.
Voilà qui est parfait ! Mon sac se vide peu à peu. Je ne me laisse pas abattre et reprends le chemin, « à poil ».
Mon ami Alain est 20 km devant moi. Il me laisse une enveloppe dans un bar, de quoi subsister en attendant une autre solution. Mon moral fait un piqué sur les coups de midi, quand j’apprends qu’un ami à moi curieusement silencieux ces derniers jours a été victime d’un infarctus. Je fonds littéralement en larmes, laissant retomber toute la pression accumulée ces derniers jours (manque de sommeil, mauvaise alimentation, chaleur, travail…)
Heureusement, au moment où j’écris ces lignes, je reçois un message qui m’annonce que mon ami va mieux.

Peter devant le chemin... Nous sommes aux alentours de Burgos.
Je me réfugie dans la vidéo et décide de suivre deux jeunes français dont j’aurai l’occasion de reparler. Je filme beaucoup et retrouve toute mon énergie. En leur compagnie, c’est une nouvelle aventure : je renoue avec les joies du porte à porte, la langue française, la belle étoile. Leur chemin : voyager sans argent. Vivre dans la pauvreté et la joie, rappeler aux riches le dénuement. J’apprends avec eux à « convertir mon coeur », à « me réjouir de la misère ». A devenir « petite pour accéder aux cieux »… Même si je suis dépassée par le discours de mes deux nouveaux camarades, je suis heureuse d’être rappelée à l’humilité. A méditer.
Céline Chevallier
In Burgos I visit the cathedral. Sublimate. I take time to spend some moments in silence there by thinking quite particularly to my close relations of paternal side. I carry in my bag the wish written by my grandmother: peace be with our family. I do not very well know how to pray. Then I close eyes to concentrate on those who already flew away in stars. I make it for my dad, my grandparents … For those who stay.
August 10th, 2010
It had to happen one day. This day, it is today. I lost my bank card. It is made, at least I do not have to think about it any more. I empty and search completely my bag, I turn it everywhere: nothing. Curiously, I am not irritated. I take the thing as it comes, serenely. It seems to me that I reached a trust in me such, that no material difficulty seems insuperable to me. I reflect. I drop it this night … It was a dark night and I was tired. I went out of the road and I perceived a copse . I sank between trees, I unfolded my mattress, threaded my sleeping bag and collapsed. What a happiness to put to sleep me rocked by noise of the wind in sheets!
I become aware that my condition has changed. I maybe became real knocked about …
The awakening was a little bit fresh. I was standing up there, in the morning northorly wind, slamming teeth in search of a warm garment. The moment had thus come to discover that I had also lost my polar.
Here is which is completed! My bag empties little by little. I don’t let me bring down and take back the road, « nakedly ».
My friend Alain is 20 km in front of me. He leaves me an envelope in a bar, of which to remain while waiting for another solution. My morale makes a dive on the knocks of noon, when I learn that a friend of mine, curiously silent these last days was a victim of an infarct. I literally dissolve into tears, letting fall all the pressure accumulated these last days (lack of sleep, bad food, heat, work)
Fortunately, as I write these lines, I receive a message which announces me that my friend gets better.
I take refuge with the video and decide to follow two young french people of whom I shall have the opportunity to speak again. I film a lot and find all my energy back. In their company, it is a new adventure: I retie with the enjoyments of door to door, the French language, the sleeping in the open. Their road: travel without money. Live in the poverty and the enjoyment, remind the rich people the destitution. I learn with them » to convert my heart « , » to delight me of the poverty « . to become » smalll to reach heavens » … Even if I am exceeded by the speech of my two new companions, I am happy to be called back to humility. For meditation.
Le 7 août 2010

8h45 : Réveil en catastrophe. Il est tard et le soleil tape déjà.
9h15 : En route pour une nouvelle journée. Dans mon dernier carnet de route j’ai demandé aux lecteurs du présent blog de me confier des missions. Je réfléchis à la manière de conduire les premières d’entre elles : marcher main dans la main avec dix inconnus, proposer à un cycliste d’échanger nos modes de transport, ou encore faire une immense photo de groupe dans une auberge…

Echange.
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10h15 : Je persuade Oscar, un cycliste italien, de me refiler son vélo en échange de mon sac à dos : il accepte. Rendez-vous pris à 6 km de là, à l’entrée de Belorado. Je pédale à fond, cheveux au vent. Je double quelques connaissances en criant « Buen camino ! » On me regarde mi-figue mi-raisin. « T’es pas à vélo toi, normalement… » Mais je suis déjà loin.

Oscar
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11h30 : Oscar me rejoint à la terrasse d’un café. Il préfère pédaler, c’est certain, mais il a apprécié la balade. Je filme son arrivée.
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12h30 : Pause dans un village dont je ne me rappelle plus le nom. Sieste sur la pelouse, café en terrasse…
15h : Je repars sous le soleil. Je reçois un message de mon ami marathonien Alain (rencontré à Saint-Palais) m’annonçant qu’il ne m’attendra pas à Ortega comme convenu. Auberge complète, il pousse plus loin.
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17h : Je marche main dans la main avec Luz (littéralement « lumière »). Cette athlète qui a fête juste ses 30 ans balaye les étapes au rythme de 45 à 50 km par jour. Ce qui a le don d’énerver ce soldat hollandais de Peter, un brin macho…
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Luz
19h : Je grignote à San Juan de Ortega. Je décide de marcher vers Burgos pendant la nuit.
22h : Je fais la surprise à Alain (et son ami Alain…) d’arriver à Altapuerca juste avant qu’il ne tombe dans les bras de Morphée. Retrouvailles après plusieurs jours de rendez-vous manqués.
23h : Dîne d’un sandwich et d’un verre de lait avant de reprendre la route sous les regards médusés de quelques habitués du bar local. Ambiance chaleureuse, blagues espagnoles de mauvais goût, moustiques et salutations pas très distinguées.

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00 h : Marche dans la nuit avec Peter, sans lumières pour profiter du ciel étoilé. Soudain, après quelques kilomètres de côte, Burgos s’étend à nos pieds. La ville scintille en contre bas, à 10 km.
00h30 : Déboulons au milieu d’une soirée de jeunes espagnols dans un garage. Je remplis ma gourde pendant que Peter teste la sangria.
01h : Stoppons aux alentours de Burgos après un voyage de 50 km. Nous échouons entre deux collines dans nos duvets transpercés par les ronces… Bof.
06h : Réveil glacial. Petit bonus : une dent de sagesse s’annonce fièrement et fait gonfler ma joue droite. J’ai l’air d’un hamster ! Et puis j’ai du mal à manger, mes chaussettes sont humides, je n’ai pas assez dormi et je pue. Tout va bien quoi.
08h : Faisons notre entrée dans Burgos et prenons un petit déjeuner dans un café où quelques joyeux drilles terminent la nuit.
09h15 : J’aperçois la cathédrale magnifique du centre-ville. J’ai abattu la distance de 60 km en 24h. Pas de compétition kilométrique pour moi, juste l’envie de pousser mon corps au delà de ses limites. Je me sens vivante !
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Céline Chevallier
August 7th, 2010
8:45 am: awakening in a panic. It is late and the sun already beats down.
9:15 am: heading for new day. In my last log book I asked to the readers of the present blog to entrust me missions. I think about how to drive the first ones of them: work hand in hand with ten strangers, suggest to a cyclist exchanging our ways of transportation, or still make an immense photo of group in an inn …
10:15 am: I persuade Oscar, an Italian cyclist, to give me his bike in exchange for my rucksack: he accepts. Meeting taken in 6 km from there, in the entrance of Belorado. I pedal completely, hair in the wind. I double some knowledge by shouting » Buen camino! » They look at me , quizzical. » You are not in bike you, normally … » But I am already far.
11:30 am: Oscar joins me in the terrace of a café. He prefers to pedal, it is certain, but he appreciated the stroll. I film his arrival.
12:30 am: break in a village the name of which I do not remember any more. Siesta on the lawn, coffee outside …
15 hours: I leave under the sun. I receive a message from my marathonian friend Alain (met in Saint Palais) announcing me that it will not wait for me in Ortega as agreed. Complete inn, he goes farther.
17 hours: I walk hand in hand with Luz (literally « light »). This athlete who has just celebrated her 30 years sweeps the stages at the rate of 45 in 50 km a day. What has the gift to irritate this Dutch soldier of Peter, a bit macho …
19 hours: I nibble in San Juan of Ortega. I decide to walk towards Burgos during the night.
22 hours: I make the surprise to Alain (and his friend Alain) to arrive at Altapuerca before that he falls in Morpheus’s arms. Reunion after several days of missed meetings.
23 hours: dine on a sandwich and on a glass of milk before taking back the road under the dumbfounded glances of some regular customers of the local bar. Warm atmosphere, tasteless Spanish jokes, mosquitoes and not very distinguished greetings.
00 am: Marche at night with Peter, without lights to take advantage of the starry sky. Suddenly, after some kilometers of coast, Burgos extends in front of us. The city sparkles below,in 10 km.
00:30 am: let us tumble in the middle of an evening of young Spanish people in a garage. I fill my bottle while Peter tests the sangria.
01 hour: let us stop near Burgos after a journey of 50 km. We fail between two hills in our sleeping bags pierced by brambles … Bof.
06 hours: icy awakening. Small bonus: a wisdom tooth announces proudly and makes my right cheek inflate. I look like a hamster! And then I have difficulty in eating, my socks are wet, I did not sleep enough and I stink. Everything is well .
08 hours: let us make our entrance in Burgos and let us have breakfast in a café where some jolly fellow end the night.
09:15 am: I perceive the magnificent cathedral of the city center. I have got through the distance of 60 km in 24 hours. No kilometric competition for me, just the envy to push my body beyond its limits. I feel alive!