Carnet de route (32) – La fracture à payer
Le 27 août 2010
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Mon linge a été lavé, mon sac est au placard. Mon bas de jogging est déjà parti à la poubelle, ma trousse de toilette vidée et nettoyée, mon matériel photo et vidéo rangé comme trois mois auparavant. Et la vie reprend…
Il y a trois soirs, je sillonnais encore les rues de Compostelle. J’avais retrouvé mon ami Johannes qui fêtait sa Compostella à travers un rituel que j’ai découvert avec amusement : le Paris-Dakar. En haut de la rue principale de Santiago : le bar Le Paris. En bas de cette même rue : le Dakar. Entre les deux : 28 bars ! Et les participants trimbalent une feuille qu’ils s’amusent à faire tamponner à chaque escale. Terrible !
Il y a trois soirs, je dansais sous les arcades qui font face à la cathédrale, entrainée par la célèbre Tuna de Derecho de Compostelle et sous les applaudissements des passants. (C’est filmé !!!)
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J’allais ensuite me coucher entre deux haies d’un minuscule parc du centre ville avec Alain. Quelques amis nous avaient bien proposé un lit quelque part, mais il nous plaisait de profiter de cette dernière nuit de liberté. Pour plaisanter j’avais utilisé nos bâtons de marche et nos cirés pour confectionner un abri de fortune… J’avais été bien inspirée, puisque la pluie s’était invitée aux alentours de 5 heures du matin, nous forçant à entamer cette dernière journée un peu plus tôt que prévu.
Un petit café au Dakar avant de pénétrer la superbe cathédrale, déserte au petit matin. Nous nous attardons sur les reliques de Saint Jacques, point final de ce pèlerinage désormais accompli. Je prends enfin le temps de me recueillir. Je pense à tous ceux dont j’ai croisé la route et qui ont transformé d’une manière ou d’une autre mon chemin : ceux qui m’ont conseillée, soutenue, hébergée ou nourrie ; ceux qui ont suivi mon chemin à travers mon blog, qui m’ont touchée par leurs messages et leurs témoignages ; mes parents, mes amis et Guillaume ; les hospitaliers, français, espagnols ou autres ; les pèlerins de tous horizons… J’essaie de faire remonter à moi les noms de ceux qui ont marqué cette aventure. Mais il y en a tellement ! Ici, les yeux clos et le cœur lourd, je prie pour eux, pour vous. Pour vous tous qui m’avez portée là où je suis.
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Qu’il est dur de parcourir à rebours le camino frances. Je vois depuis la fenêtre du bus les noms de villages qu’hier encore je traversais. Je suis partagée entre l’excitation du retour et le désespoir d’abandonner pour toujours ce chemin qui a comblé ma vie pendant plus de deux mois.
Dans mon appartement de Montreuil (93), je redécouvre ma vie là où je l’avais laissée le 12 juin dernier. Je suis un peu perdue. Normal. Heureusement pour moi le chemin de Compostelle se rappelle à mon bon souvenir à chaque pas… Verdict du radiologue devant le scan de mon pied droit : fracture de fatigue. « Vous avez beaucoup marché mademoiselle… »
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Un jour j’avais dit à quelqu’un sur le chemin : « J’irai jusqu’au bout, c’est sûr. En rampant, mais j’irai. » Je suis un peu paniquée à l’idée de rester immobilisée pendant trois semaines. Il me tarde de reprendre le sport et… j’ai la bougeotte !
J’imagine que c’est le prix à payer pour avoir vécu cette expérience, à la fois simple et folle, riche de rencontres et d’enseignements dont je ne vais pas dresser la liste.
J’ai la prétention d’espérer que mon récit aura donné l’envie à certains de (re)partir à leur tour, sur le chemin de Compostelle ou ailleurs ; et à tous l’occasion de partager une histoire. Je ne sais pas encore où tout cela me mènera mais qu’importe, puisque l’important n’est pas le but mais le chemin emprunté pour l’atteindre. Et plus il sera tortueux, plus il me rendra heureuse.
Céline Chevallier






