Carnet de route (27) – 28 grammes 612 / 28,612 grams
Le 17 août 2010
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J’enfile ma chaussure droite en serrant les dents. Je fais quelques pas… C’est douloureux. Je dois me rendre à l’évidence : cette fois je suis battue. Le dessus du pied est toujours très gonflé, c’est une inflammation. Après quelques kilomètres la douleur s’estompe mais je suis désormais très lente. Je me sens si seule et faible, je suis en colère contre moi-même. A force de boitiller, de nouvelles ampoules viennent troubler mon voyage vers Ponferrada.
Soudain j’aperçois un endroit qu’il me tardait de découvrir : Le Cruz de Hierro. C’est ici que je dois déposer une pierre venue de chez moi. J’avais demandé à mon père de me choisir un caillou aux alentours de la maison familiale qu’il vient de racheter en Anjou. Je me sépare alors de 28 grammes 612 (mon père a tenu à l’inscrire au feutre) sensés représenter le poids des erreurs passées. J’ai la chance d’être déjà en paix avec ce que j’ai pu faire ou être auparavant. Mais je suis heureuse de cet abandon symbolique qui me permet de repartir le coeur léger.
Je repars et décide de stopper à Molinaseca. Malheureusement je me perds dans la montagne… Je mets plus d’une demi-heure à me rendre compte que les balises jaunes ont disparu ! C’est alors que je prends une décision parfaitement stupide : apercevant le village en contrebas je choisis de tracer droit devant, sans plus me préoccuper des sentiers battus. Le chemin se transforme peu à peu en un vague tracé terreux avant de disparaître sous les herbes. Têtue, je continue encore un peu. Et puis je m’arrête.
Je ne m’étais pas rendue compte de la distance qui me sépare de Molinaseca. La pente est désormais abrupte, trop dangereuse pour moi qui suis chargée, boiteuse et fatiguée. Je dois faire demi- tour et tout regrimper sous un soleil accablant. Evidemment je n’ai plus d’eau (sinon ce serait trop facile).
J’arrive à Molinaseca épuisée. J’ai l’impression d’être au bord du gouffre. C’est pourtant ici, dans une auberge du 12ème siècle que je retrouve enfin la direction du bonheur. Auprès de deux hospitalieros qui me prennent sous leur aile. En quelques minutes, je retrouve mon sourire et ma joie de vivre. Ingnaqui et Matias me traitent comme une reine. Ils me nourrissent, me font rire, me soignent et me forcent au repos. J’accepte leur invitation à passer une journée de plus avec eux. Je goûte à la tarte de Santiago, flemmarde au lit jusqu’à 11 heures et regarde même la télévision… Une émission captivante sur la manière de conserver une peau parfaite durant l’été. J’aimerais savoir ce qu’en pensent mes pieds… Après une semaine à pédaler dans le vide je recouvre mes bonnes sensations. De retour sur la bonne voie.
Céline Chevallier
August 17th, 2010
I thread my right shoe by clenching teeth. I make some steps… It aches. I have to face the evidence: this time I am beaten. The top of the foot is still very swollen, it is an inflammation. After some kilometers the pain becomes blurred but I am henceforth very slow. I feel so alone and weak, I am angry with myself. Due to limping, new bulbs come to disturb my journey towards Ponferrada.
Suddenly I perceive a place which it delayed me discovering: the Cruz of Hierro. It is here that I have to put down a stone come from my home. I had asked to my father to choose a pebble near the family house which he has just acquired in Anjou. I part then from 28,612 grams (my father was anxious to register it with a on the felt-tip) sensible to represent the weight of the past errors. I am lucky to be already in peace with what I could make or be previously. But I am happy of this symbolic abandonment which allows me to restart with light heart.
I leave and decide to stop in Molinaseca. Regrettably I get lost in the mountain… I put more than half an hour realizing that the yellow beacons had disappeared! It is then that I make a perfectly stupid decision: perceiving the village below I choose to go straight front, without worrying me more about well-trodden paths. The road is transformed little by little into a vague earthy plan before disappearing under herbs. Stubborn, I still continue a little. And then I stop.
I had not realized the distance which separates me from Molinaseca. The slope is henceforth abrupt, too dangerous for me who am in charge of, lame and tired. I have to make a U-turn and re-climb everything under an oppressive sun. Obviously I do not have water anymore (otherwise it would be too easy).
I arrive, exhausted, at Molinaseca. I have the impression to be on the edge of the abyss. It is nevertheless here, in an inn of the 12th century that I find finally the direction of the happiness. With two hospitalieros wh) take me under the wing. In some minutes, I find my smile and my joy of living. Ingnaqui and Matias treat me as a queen.
They feed me, make me laugh, look after me and force me to the rest. I accept their invitation to pass one day furthermore with them. I taste the tart of Santiago, laze in bed till 11 hours and even watch TV… A fascinating broadcast on the way of keeping a completed skin during summer. I would like to know what my feet think about it… After one week to pedal in the space I recover my good sensations. Return on the good way.
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Ben il était tant que tu t’arrêtes un peu non ?
Têtue ? Oui, je suis d’accord avec ça.
Je remarque que tu n’es jamais en colère contre les autres. C’est bien, ça ! Je t’envie.
As-tu essayé la marche afghane ? André Weill en parle ne ce moment. Une respiration spéciale. L’oxygénation défatigue complètement le corps qui avance, pas plus vite, non, non, mais plus sereinement. La méditation par soi-même.
Plus d’infos si besoin.
Bonne soirée à tous,
J F F
Salut Céline,
C’est de retour de mon rdv avec mon futur employeur (je positive), que je découvre ton message! Tu « nous » fais peur, t’as pas fini d’être téméraire, t’es une jolie fille, forte comme toi, avec une jambe de bois, ça va pas le faire pour l’art du déplacement….!
Soigne bien tes pinceaux, sans eux, point d’avance!
Je pense à un truc, tu nous fais du bien, par procuration, certes, mais du bien à nos cœurs! enfin, je dis nous, mais c’est en tout cas mon cas!
Pleins de bonne choses et bon courage pour la suite!
peter
Et ben voilà !!! Enfin du repos ! Mais telle que nous te connaissons ça ne va durer longtemps ! Donc repars avec de bons pieds et le moral requinqué. Et ne repars pas en arrière…, histoire de revoir l’effet que ça fait.
Tu sais, ça va nous faire un gros vague à l’âme lorsque tu auras terminé ce périple : tu vas nous manquer pour sûr !
En attendant on profite encore de ta belle humeur jamais vraiment perdue ou alors toujours retrouvée.
Bonne route, bon chemin; Bises
PS : Peter alors ce job ?
Peter, mon message était avant que je ne lise le votre !
Donc… à suivre hein ?
Yés Martine, y’a plus qu’a!
Bonsoir Céline,
Oh, là,là, comme j’ai eu peur en lisant les premières lignes de ce message!!
Bon à présent, je suis rassurée. Je vois que tu as retrouvé le moral et………..ton sourire. C’est une vrai bonne nouvelle!!
Surtout laisse le accroché à ton visage.
Comme le dit Martine, cela va nous faire tout drôle quand ton périple sera fini. On ne sautera plus sur notre ordi dés que l’on rentrera du boulot!!
Repose toi bien, et passe une bonne nuit.
PS : tu nous donneras la recette de la Tarte Santiago, dis Céline?
Chère Céline,
profites bien des derniers jours sur le chemin, surtout prends ton temps. Les gens ont toujours tendance á accélérer sur la fin. C’est bien vrai que ton blog nous manquera quand tu seras arrivée!
Bon repos et soigne-toi bien
Lydia
Coucou Céline,
je me joins aux autres pour te dire que ce que tu fais (la marche, la souffrance, les joies, les rencontres, les doutes,…) est important … pour toi sûrement, mais aussi pour nous. D’ailleurs j’essaie de le vivre aussi … un peu. Je me suis mis à marcher tous les soirs après le boulot pendant deux- trois heures pour voir ce que ça fait (je n’ai vraiment pas plus de temps à y consacrer…). Je me suis même équipé d’un sac à dos parfaitement inutile que je remplis d’eau (que je ne bois pas) mais qui pèse … juste pour voir si je supporte! Bref, je débute avec plein d’ardeur
Repose-toi bien (dans mon passé de sportif, il y avait toujours un jour de repos par semaine… tu n’en a pas encore pris depuis deux mois !)
Une recette de tarte santiago (je ne l’ai pas testée):
http://www.isaveurs.com/recette/recette_tarte_de_santiago.php
Jean-Michel
Bonjour Céline et tous les suiveurs
Parmi les pèlerins de compostelle, autrefois, il y avait des prisonniers. Ils portaient des chaines fabriquées à partir de l’arme de leur crime (j’espère qu’on rallongeait pour celui qui avait tué avec un canif).
Mais toi Céline, tu es même « en paix avec ce que tu as pu faire ou être auparavant’.
Ton seul forfait (ou haut fait) sera le chemin en lui-même, avec ta rage de vivre et de vaincre…Bravo !
Bonjour Céline et à vous tous qui la soutenez,
Je viens remercier Jean-Michel pour la recette de la tarte « Santiago »!!
Cette tarte m’a l’air bien appétissante, cependant, je pense qu’il ne faut pas la manger avant de prendre le chemin, mais quand on a ôté ses chaussures de marche, déposé son sac à dos pour, après une longue journée de marche, reprendre des forces!
Au moment ou j’écris ce message, tu es sûrement en chemin Céline.
Bon courage à toi.
PS : Alors Peter……..tu as des nouvelles ??
Salut Céline et tous les autres lecteurs.
Pour répondre à ceux qui me demande pour mon job, et bien, pour l’instant, pas de nouvelles, ais comme le second rdv était hier, il ne me reste plus qu’a attendre la semaine prochaine, enfin, normalement, sinon, pour moi, ça c’est bien passé, une pression forte qui est redescendu cette nuit avec 1 nuit de sommeil normale de 8H, ce qui faisait bien longtemps que ce n’était pas arrivé depuis 15 jours.
Le chemin regroupe, rassemble les gens, d’univers différent, qui pour un temps, marchent ensemble sur les traces d’autres illustres inconnus, pour ensuite se séparer, avec une expérience commune, ce site fait de même grâce à Céline. Alors merci Céline pour tous ses bons moments que tu nous fais passer, la souffrance en moins!
Pleins de bonnes choses à toi, à tous!
Je regarde l’image (Etape de Najarin) en grand, la première de ce billet et je vois sur le panneau, Santiago 222, donc, j’imagine qu’il te restes ce jour moins de 200 km, zut, va pas trop vite, ça va nous manquer!!
Battue, toi ? Laisse moi sourire…
Mais très contente de voir que tu te reposes un peu.
Je regarde la petite ampoule sur mon pied droit (j’ai voulu faire la belle avec mes talons hauts) et je compattis pour les tiennes.
Bise.
Steph
Bon ma chéré copine, je suis ravie de lire que tu as enfin pris du repos. Tu n’es pas rambo ma poulette donc je voudrais que tu calme ton rythme. Ce n’est pas une course. Arrivez au bout est la victoire; le temps que tu y mets: on s’en fou tous.
Soigne toi.
Je t’appelle de ce pas pour prendre des nouvelles un peu plus fraiches.
ET pense à prendre du bon temps!
je t’embrasse