Carnet de route (29) – Tourigrinos

Le 20 août 2010

O Cebreiro

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Bonne surprise en redescendant d’O Cebreiro, je retrouve Cédric, mon jeune scout venu de Nantes (carnet 25). Il a dû laisser partir devant son ami Brieg pour cause de douleurs au genou. Il envisage de prendre le train dans quelques kilomètres. Il est déçu de devoir abandonner si près du but, mais préfère se sacrifier pour ne pas retarder Brieg. Je fais route avec lui et le motive un peu. « Rien n’est fini, tu n’es pas encore dans le train. »

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Entrée en Galice

Nous décidons de marcher de nuit pour éviter la foule de pèlerins venus arpenter les derniers kilomètres vers Santiago. Nous papotons sous les étoiles, buttons dans les cailloux du chemin accidenté, entonnons des chants à deux voix. On s’arrête boire un café de temps en temps. Peu à peu nos éclats de rires s’estompent, notre souffle se fait plus court. Nous étendons nos matelas dans un parc à 3h30 du matin, ravis de ce que nous venons d’accomplir.

Les pas des pèlerins nous réveillent dès 5 heures du matin. Les « clic clac » des bâtons de marche résonnent dans les rues. Des couples, des groupes d’amis et bientôt des familles entières trottinent sur les pavés. Pour la plupart, ils me semblent assez frais et dispos. Beaucoup n’ont pas de sac à dos.

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Le 21 août 2010

Je retrouve les deux Alain, un peu moroses. L’ambiance se dégrade peu à peu sur le chemin. Les auberges ne sont plus aussi propres, on parle beaucoup des punaises de lit dont je connais quelques victimes. Le contentieux entre cyclistes et pèlerins prend de l’ampleur: les premiers, étant plus rapides, remplissent les auberges dès le début de l’après midi. D’étranges combines semblent s’opérer : on aperçoit de temps en temps un 4×4 charger ou décharger des pèlerins aux abords des étapes. On  appelle ces derniers les « tourigrinos » contraction de touristes et de peregrinos (pèlerin en espagnol)… J’écoute les critiques des uns et des autres mais reste extérieure à ce genre de préoccupations. Je ne ressens aucune animosité à l’égard de qui que ce soit.

Enfin la borne qui indique Santiago à 100 kilomètres apparaît. Nous fêtons ce passage symbolique en nous brossant les dents… Significatif, non ?

Encore 100 kilomètres...

J’aimerais beaucoup développer cette idée d’une arrivée proche qui à la fois m’attire et me fait peur. Mais tout ce qui me vient, là, c’est : « J’ai tellement envie de rentrer chez moi ! » Je pense à mon compagnon et à mes amis qui me manquent, à ma tendinite qui veille à ne pas se faire oublier, à la fatigue de ces deux mois sur les routes… Et je prends enfin la décision de la fin de mon voyage à Santiago : non, je n’irai pas à Finisterre.

Celine Chevallier

 

 

August 20th, 2010

Pleasant surprise by getting down again from O Cebreiro, I find Cédric, my young boy scout come from Nantes (pad 25). He had to let leave in front of him his friend Brieg because of pains in the knee. He intends to take the train in some kilometers. He is disappointed to have to abandon so near the purpose, but prefer to sacrifice for not delaying Brieg. I make road with him and motivate him a little.  » Nothing is finished, you are  still not in the train.  »

We decide to walk at night to avoid the crowd of pilgrims come to measure the last kilometers towards Santiago. We chat under stars, earth up in the pebbles of the uneven road, intone songs in two voices. We stop drinking a coffee from time to time. Little by little our roars of laughter become blurred, our breath makes shorter. We spread our mattresses in a park at 3:30 am in the morning, delighted with what we have just carried out.

The pilgrims’steps wake us at 5 am in the morning.  » Clic-clac « of sticks resound in streets. Couples, groups of friends and soon whole families walk on pavements. For the greater part, they seem to me rather fresh and in good form. Many have no rucksack.

August 21st, 2010

I find both Alain, a little bit gloomy. The atmosphere degrades little by little on the road. Inns are not so clean any more, one speaks about many of the bedbugs of bed whose some victims I know. The dispute between cyclists and pilgrims is growing: the first ones, being faster, fill inns from the beginning of the after noon. Strange tricks seem to take place: we perceive from time to time a 4×4 loading or unloading pilgrims around the stages. We call these last ones  » tourigrinos  » contraction of tourists and peregrinos (pilgrim in Spanish) … I listen to the criticisms and remain outside this kind of concerns. I feel no hostility towards whoever it is.

Finally the border which indicates Santiago 100 kilometers appears. We celebrate this symbolic passage by brushing our teeth … Significant, no?

I would like very much to develop this idea of a close arrival which at the same time attracts me and frightens me. But all which comes to me, there, is:  » I want to go back home!  » I think about of my companion and my friends who miss me, about my tendinitis which watches not be forgot, about the tireless of these two months on roads … And I finally make the decision of the end of my journey in Santiago: no, I shall not go to Finisterre.

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10 comments

10 Replies

  1. Camino = chemin de liberté ! T’arrêtes où tu veux !
    En tout cas la dernière photo est bien rigolote.
    Merci

  2. Bonjour Céline
    Puis-je me permettre de te lancer un ultime défi: « Opération Portes Ouvertes »
    A St Jacques de Compostelle, franchis les sept portes (chiffre hautement symbolique) de la ville et envoies nous les photos.
    Bonne fin de camino !
    PS: Cedric va-t-il aller jusqu’au bout?

  3. Bouh, plus que 3 jours à tout péter!
    Qui vais-je aller « visiter » pour me faire rêver?
    De bien belles images, une silhouette d’athlète, Faut vraiment que je fasse le chemin jusqu’au bout, je perdrais bien 20kg!
    je suis déjà triste, ça sera plus comme maintenant, mais ainsi va la vie.
    En tout cas, je dirais, Céline Chevalier, ah oui, celle qui à fait Paris Compostelle en 70 jours environ! Quelle nénétte!
    Oui, bon pardon pour un peu de familiarité, mais quoi, c’est vrai que c’est une sacré nénétte!

  4. Coucou Céline,

    Tu te rends compte de ce que tu as accompli??
    Il ne te reste que 100Kms.
    C’est fantastique!!
    Je ne sais pas si tu ressens de l’émotion mais, pour ma part, je la ressens.
    Cela m’en donne la chaire de poule, mon compagnon me dit que cela peut aussi être le Bergerac de ce midi (rires)
    Comme JFF, je trouve la dernière photo super sympa!!
    On a hâte (oui et non) de te voir franchir les 7 portes de la ville.
    Pour toi, l’aventure aura pris fin en quelque sort. Cependant grâce aux images que tu as immortalisé avec ton appareil photo et ta caméra, cette aventure restera une superbe expérience humaine!!
    Très bonne soirée à toi;

  5. Nous nous sommes rencontrés à Bercianos et tu étais avec Cédric et Brieg + les 2 Alain. Quelle surprise que tu ais retrouvé Cédric. J’espère pour lui qu’il finira, quitte à diminuer les étapes, les longues étapes lui ont été fatales, c’est un phénomène connu sur le chemin. Je rejoins l’avis de tes nombreux correspondants : prend ton temps, profite simplement de ces instants privilégiés. Le cap Finisterre ? vas-y en bus (AR sur la journée), c’est un bel endroit, mais, historiquement le pèlerinage s’est toujours arrêté sur le tombeau (supposé) de l’apôtre. Courage, tu as la chance de vivre dans le luxe du temps que tu peux organiser selon ton humeur…. et ta santé. Profites-en. Amitiés

  6. C’est pas grave Céline, que tu t’arrêtes à st Jacques, c’est tellement super ce que tu as fait!
    Tes proches peuvent être fiers de toi! (heu, et toi aussi, tu peut être FIÈRE).

  7. Monique août 22nd 2010

    Bonjour Céline,
    Je ne sais pas si tu te souviens, nous nous sommes rencontrées avant Vézélay et encore à Vezelay. J’étais avec ma soeur et mon beau-frère, avec lesquels je fais le chemin en étape depuis Aix-la-Chapelle en Allemagne… En fait depuis que nous sommes rentrés je lis ton blog avec beaucoup d’attention et d’émotion et maintenant, sachant qu’il ne reste plus beaucoup de jour avant ton arrivée je tenais à t’écrire ce petit mot pour te dire ‘chapeau’, je trouve formidable ce que tu as fait, seule, une jeune femme, tout ces km. J’aime aussi l’esprit dans lequel tu as fait ce chemin et je regrette un peu de ne pas avoir eu l’occasion (ou ne pas l’avoir cherché) de discuter plus longuement avec toi.
    Je te souhaite un ‘buen camino’ pour les km restant mais aussi pour ton retour et tout ce qui suivra.
    Monique (je suis belge-germanophone … s’il y a des fautes …)

  8. Jean-Michel août 22nd 2010

    bonsoir Céline !
    bonne route et profite de ta fatigue pour trainer un peu en chemin… ramène-nous des photos de paysages !
    Le cap Finisterre n’a pas grand sens … c’est même pas le point de plus occidental de l’Europe (il se trouve au Portugal).

  9. Céline août 23rd 2010

    Bonjour a tous (desolee, toujours pas d’accents)…
    Merci pour vos messages. Je reponds en vrac a tout ce qui me vient :
    Martine : Alain m’a retire de l’argent et Guillaume lui fait un virement
    Peter : le tatouage de Peter est Royal NeverLand Marin Corp
    Carmen : Ok pour la mission
    Monique : Bien sur que je me souviens… A tres vite
    Marc : Merci pour ces bons moments et ce dejeuner…
    A tous : vos messages me touchent tellement !!! Ce voyage prendra fin avec vous et j’en suis heureuse.

    Je vous embrasse
    Celine

  10. Martine août 23rd 2010

    Vite, vite….. tu vas arriver et je veux lire tous les messages des 2 derniers carnets… tant pis mon client attendra sa déclaration de tva !
    Bonne route, bon chemin… J’suis en retard, t’es peut être arrivée pendant mon message… vite vite…
    Bises