Carnet de route (30) – Etat de grâce / State of grace

Le 22 août 2010

Réveil brumeux. Réveil heureux...

Le compte à rebours a commencé. Des bornes kilométriques ponctuent le chemin tous les 500 mètres. Je marche désormais avec Cédric et Alain. Mes douleurs aux pieds étant de plus en plus intenses, je suis incapable d’aligner plus de 20 kilomètres à la fois.

Andrew est étudiant en médecine. Ce bulgare parti de Séville parcourt le Camino avec son énorme sac de secours pour soigner les bobos quotidiens des pèlerins.

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Andrew ausculte mon pied enflé. Il parle de fracture... Je préfère ne pas y penser.

Nous sommes tous les trois d’accord pour ne plus nous préoccuper des étapes établies mais marcher jusqu’à ce que la fatigue nous gagne, et dormir de jour ou de nuit  suivant les occasions. Je peux ainsi reposer mes jambes lourdes, soigner mes ampoules et soulager ma tendinite. Nous nous douchons comme nous pouvons dans les auberges, l’après midi.

J’accomplis une nouvelle mission lancée par un lecteur de ce blog : réaliser un kilomètre en marche arrière. Expérience intéressante !

Il fait nuit noire et je suis un peu en arrière. Je distingue devant moi mes deux amis, de 18 et 60 ans en pleine conversation. Je suis si heureuse de terminer cette aventure avec eux. Je partage pleinement mon bonheur avec Alain, qui a lui aussi parcouru la voie de Vézelay. Nous stoppons dans un champ d’herbes folles qui forment un immense matelas. C’est extrêmement confortable : nous nous endormons comme trois gamins sous les étoiles, le cœur léger.

Cédric jette l’éponge. Ses genoux l’implorent au repos, et son envie de rejoindre Brieg (déjà arrivé à Santiago) est trop forte. Bon vent petit frère de cœur. J’ai aimé marcher à tes côtés, ton amitié m’a été si précieuse.

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Cette nuit il a plu. L'occasion pour Alain de rentabiliser sa tente dont il ne s'est pas encore servi en Espagne... Il trimballe sans broncher ses 17 kilos sur le dos. Merci "papalain" !

Nouvelle soirée de marche avec Alain. Comme les derniers kilomètres me pèsent ! Nous prenons le temps de discuter avec ceux que nous croisons : un groupe sympathique de « tourigrinos », trois jeunes garçons venus de Poitiers, un madrilène à qui je donne de la crème cicatrisante…

Ewan, John et Timothy viennent de Poitiers avec deux accompagnateurs. Je suis séduite par leur énergie !

Nous imaginons notre retour, planifions nos 40 derniers kilomètres. Alain se prend la tête pendant 20 bonnes minutes sur la manière dont il va laver ses vêtements… « Parce que je veux rentrer chez moi avec ce short que j’ai presque tout le temps utilisé tu vois ? Je veux rentrer en pèlerin… Alors je peux le nettoyer dans un lavomatic, et puis il sèchera sur mon sac. Oui mais si je le lave à Santiago il n’aura pas le temps de sécher… Sinon je mets l’autre, ça n’est pas grave.  (..) Ou alors je ne le lave pas, c’est tout ! » Je suis morte de rire.

Et puis je passe du rire aux larmes. Je prends peu à peu conscience que tout sera bientôt fini. Et je n’y peux rien faire, seulement profiter. PROFITER !

Sac à dos étiquetés, prêts à prendre le taxi pour retrouver leurs propriétaires à l'étape suivante. Cette méthode énerve un peu les courageux, mais je trouve que c'est une bonne formule. A chacun son chemin. Qu'on soit sportif ou non, aventurier ou en quête d'une semaine tranquille, le Camino appartient à tous.

Céline Chevallier

 

  August 22nd, 2010

The countdown began. Kilometre markers punctuate the road every 500 meters. I walk henceforth with Cédric and Alain. My pains in feet being more and more intense, I am incapable to align more than 20 kilometers at once.

We are all right all three not to worry any more about established stages but walk until tiredness creeps over us, and sleep in the daytime or at night following the opportunities. I can so rest my heavy legs, look after my bulbs and relieve my tendinitis. We take a shower as we can in inns, in the after noon.

I carry out a new mission given by a reader of this blog: realize one kilometer in reverse. Interesting experience!

It’s dark black and I am little behind. I distinguish in front of me my two friends, 18 and 60 yearsold in great conversation. I am so happy to end this adventure with them. I share completely my happiness with Alain, who crossed the way of Vézelay too. We stop in a field of wild grasses which make an immense mattress. It is extremely comfortable: we fall asleep as three kids under stars, with light heart.

Cédric overlooks it. His knees implore him for rest, and his desire to join Brieg (already arrived at Santiago) is too strong. Good wind small brother of heart. I liked walking by your side, your friendship was so precious for me.

New evening of walking with Alain. As the last kilometers weigh me! We take time to discuss with those whom we meet: a nice group of  » tourigrinos « , three young boys come from Poitiers, an inhabitant of Madrid to whom I give some healing cream…

We imagine our return, plan our last 40 kilometers. Alain complicates things during 20 good minutes on the way he is going to wash his clothes…  » Because I want to return at home with this pair of shorts which I used almost all the time you see? I want to return in pilgrim… Then I can clean it in a lavomatic, and then it will dry on my bag. Yes but if I wash it in Santiago it will not have time to dry… Otherwise I put the other one, that is not grave. (..) Or then I do not wash it, that’s all!  » I am killing myself laughting.

And then I pass from laughter to tears. I become aware little by little that everything will soon be finished. And I cannot do anything about it make, only take advantage. TAKE ADVANTAGE

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15 comments

15 Replies

  1. Oui je comprends l’émotion de se dire que c’est déjà fini. Profitez-bien de ces instants !
    (et dites à Papa que c’est pas grave, on le recevra même avec un short de pélerin…)

  2. Bonjour Céline,

    On sent l’émotion monter; La joie d’arriver, le sentiment d’être arrivé au bout de soi et puis ce sentiment qu’avec le voyage, se termine en quelque sorte cette aventure humaine.
    Tu vas peut-être me trouver stupide, mais en te lisant, les larmes n’étaient pas loin.
    En effet, nous vivons tellement ton aventure que nous ne pouvons pas rester insensibles aux sentiments qui te « submergent »!!
    Merci Céline et surtout ne gâche pas ces derniers kilomètres.
    La mission que je te donnerai, c’est de vivre pleinement ces derniers kilomètres et de respirer à plein poumons.
    Bon courage Céline.

  3. Voilà, c’est bientôt fini, voire même… C’est fini à l’heure où j’écris. Quoique…
    Le chemin s’arrête là, mais celui que tu as entamé dans ton cœur, dans ta tête, le chemin de ta vie n’en est qu’à son début.
    La vie est une belle aventure si on sait la voir ainsi, alors bonne aventure ma belle ! ! !

    PS : Tu vas bientôt pouvoir réaliser mon défi ;-)

  4. Bien dis ALN, sacré Céline, tu vas nous manquer, pour moi, tu faisais parti de mes journées, j’me disais, tiens, j’vais aller voir Céline, enfin, les photos, je suis revenu plusieurs fois dessus (les photos), tellement jolies (les photos et Céline), non, je drague pas, j’pourrais être son père, pour ceux qui se demande qu’elle âge j’ai!
    Et pis, faut savoir, j’aime pas écrire, et j’ai rarement écris aussi longuement , Céline et son parcours, ça m’a parlé, son esprit baroudeur m’a plût, je crois que c’est une gentille, pleine de finesse, je crois qu’elle à bcp d’humour, elle est positive, avec cette pointe de sensibilité, bref, j’aime bien Céline pour tout ce qu’elle à apportée!
    Céline, si tu passes un jour dans le coin de Rochefort en Terre, envoi un mail, je serais heureux de te rencontrer, toi et ton compagnon, bien sûr!
    Allez, tranquille pour les chevilles, quoique je me demande si c’est pas normal que tu es les chevilles qui gonfle, avec ce que tu as réussi!
    Bise amicale

  5. Martine août 23rd 2010

    Céline,
    Tu as partagé avec nous, tes émotions, tes plaisirs, tes douleurs, « le chemin » ; pour tout cela on te remercie. J’ai, dès notre première rencontre, était convaincue de ta nature : tu es une fille intelligente, ouverte, forte et généreuse, pleine d’humour, de sensibilité et de tact. Ce sont des qualités qu’on ne rencontre pas toujours ensemble. Je sais que dans la vie il y a aussi une part de « chance » je te souhaite donc de l’avoir.
    Je te laisse une mission : dans la cathédrale, pose un regard tranquille sur un vitrail et pense quelque chose de sympa pour Caro et Jean Charles et je sais que tu vas m’y associer.
    Bonne route, bon chemin.
    A bienôt.
    Bises

  6. Mince, j’ai mal lu, c’est pas les chevilles qui enflent, mais le pied qui serait « cassé », et bien, le mérite est double, parce que je sais pas si je continuerais avec un panard en vrac!
    J’espère que c’est pas ça! Bon courage…….

  7. Martine août 23rd 2010

    Peter, je crois que non vous ne continueriez pas ! et nous non plus d’ailleurs !
    Ben vi… on est pas Céline et on n’a pas 25 ans non plus !!! même si on a l’âge de 2 Céline !
    PFFFFFFFFFFFFF…. On est dans un véhicule ou la marche arrière n’existe pas !
    Bonne soiré

  8. Hôla Martine, j’ai pas 50 balais, enfin, en 2013……

  9. Tu veux pas continuer jusqu’à Finisterre ?
    Pour nous aussi c’est dur d’arrêter…

  10. … Ne pas se fixer impérativement des étapes et s’arrêter quand on en a assez… ben oui, c’est ça qu’il faut faire. Rien d’autre. Si simple. Surtout en Espagne où il y a tant de lieux pour s’abriter.

    ALN, l’émotion est partie intégrante du camino. Même à distance. Même quand on n’a pas mal aux pieds. Tous les jours, plusieurs fois par jour, heureux ou triste. Et à Santiago, ce sont les grandes eaux…

    Quant à Brieg et Cédric, je m’interroge sur ceux qui laissent leurs compagnons en arrière. Puisque l’essentiel, c’est de cheminer, à quoi servent l’abandon et la course en avant ? Je ne dis pas que je n’aurais pas fait pareil au même âge, mais avec le recul, (et je suis beaucoup plus âgé que Peter – Céline aurait pu être ma petite fille – lol) il y a plus à apprendre sur soi en se forçant à ralentir pour l’Autre. Ou alors on part seul. Oui c’est très difficile.

    Qu’il est difficile d’aimer !

  11. Martine août 24th 2010

    Céline : va doucement sur les dernières étapes, j’espère que la douleur ne gache pas la fin, le plaisir de la victoire.
    Oh pardon Peter ! (mdr) bon d’accord j’suis seule concernée !!!…
    ALN : j’ai posté une enveloppe ce matin de la part de Jean Charles
    JFF : vous pouvez nous dire le chemin que vous avez pris ? J’ai loupé un épisode ?
    Et bonne journée à tous et surtout à ceux qu’on n’attend pas mais qui sont là !
    Céline, bonne route, bon chemin.

  12. JFF,
    On ne peut juger le choix de chacun sur la façon d’agir sur le chemin, je crois, d’abord que l’on part pour soi, pour évacuer, de dépasser, se poser des questions, il y à tellement de raisons de faire le camino, j’en ai bien 5 pour moi, mais n’ose le faire.
    Céline avait bien prévu de partir à 2, elle est seule, elle connaît la raison de cette « rupture », ça ne nous regarde pas, malgré que cela aurait était intéressant de voir ces 2 nanas arriver et partager leurs aventure.
    Bon, ben, sur ce pas de nouvelles pour mon job, ça m’énerve!
    salut à tous, et bien sûr à Céline!

  13. Martine,
    ceux qu’on n’attend pas ou ceux qu’on n’entend pas ?
    Je raconte mon chemin dans mon blog… à l’envers, pour rembobiner le fil peut-être … quand j’en serai au premier jour, vous saurez d’où… je ne souhaite pas le dire pour l’instant. Etonnant mystère haha ! Et vous d’où êtes-vous partie ?
    Peter,
    J’ai décidé de partir sans raison apparente. Juste une envie débordante. Après je me suis trouvé plein de justifications valables.
    Céline a été claire (en tout cas pour moi) sur les circonstances de leur séparation qui s’est faite très tôt, donc sans trop de conséquences. Et moi je me sens confus sur mes sentiments : à l’âge de Brieg j’aurai sûrement agi pareil donc je ne le juge pas, du moins pas sévèrement. Avec le double recul que j’ai aujourd’hui, âge et camino, je pense que si on part avec quelqu’un, il faut gérer les forces et faiblesses de tous, si on a décidé de rester ensemble. Très difficile, beaucoup plus que de s’envoler vers le but qui t’attire comme un aimant…
    Vu ton énergie et tes capacités, je garde espoir sur tes chances d’obtenir des réponses positives à propos de ton job.
    Bon après-midi à tous !

  14. merci JFF.

  15. Martine août 25th 2010

    OUI, j’ai voulu dire « qu’on n’entend pas « ! On a beau se relire il y a toujours qq chose qui passe au travers.
    Ceci dit je fais comment pour aller lire votre blog ? Merci.