Après Logroño. Gros coup de blues. Pour la première fois depuis que j’ai quitté Paris j’ai envie de tout plaquer. Jeter mon sac dans un fossé, envoyer paître mes chaussures, et prendre le premier bus que je croise.

Je traverse de nombreux villages aux charmes typiquement espagnols. Le ciel est souvent chargé ce qui me permet de marcher toute la journée.
Evidement je n’en fais rien. Je sais que c’est un mauvais cap à passer et que le temps fera le reste. Je trouve du réconfort auprès de mon compagnon par téléphone. Résultat de la conversation : je dois me reprendre et remettre le pied à l’étrier. J’ai peu filmé ces derniers temps, attendant vainement l’inspiration.

Joan profite du chemin pour se rapprocher de ses deux filles. "L'occasion d'apprendre sur ses enfants ce qu'on n'a pas le temps de voir le reste de l'année."
Le chemin continue de couler sous mes pieds, les coquilles qui ponctuent la route défilent à vive allure. La routine s’est installée sur le Camino francès. Le matin je double la plupart des pèlerins, mais je fais souvent des pauses. Je retrouve un vocabulaire qui m’est familier : celui des cafés (je ne suis pas pilier de bar mais j’ai été serveuse près de Barcelone !) Alors toute la journée je double et redouble les mêmes personnes. Je les retrouve parfois le soir, dans quelque auberge sur le chemin. J’avance au rythme de 3 étapes en 2 jours, ce qui me permet de rencontrer de nouvelles personnes. En route pour Santiago : pas mal de cyclistes (essentiellement espagnols), des jeunes (plus que je ne le pensais), des Italiens, des Français, des couples et des familles… Je fais souvent équipe avec Peter, mon ami hollandais rencontré à Saint-Jean-Pied-de-Port. Nous partageons l’esprit d’équipe, possédons le même humour et naviguons à la même vitesse. Nous discutons de tout et de rien, et les journées s’enchaînent dans la bonne humeur.

Tous dans le même bateau.
.
.
On imagine échanger les chaussures que les pèlerins alignent aux portes des auberges pour la nuit. Moi je vote pour piquer les lacets, Peter invente carrément un système de prêt avec des messages qu’on laisserait à la place des pompes… Chaque soir les mêmes rituels : défaire mon sac pour attraper ce dont j’ai besoin (c’est toujours au fond…), prendre une douche, laver mon linge, recharger les batteries, travailler… Eventuellement manger. Et puis dormir.
.
.

De nombreuses haltes bordent le chemin. Boissons, fruits, gadgets... Compostelle fait aussi le bonheur des commerçants locaux.
Sur le chemin je repense aux messages des lecteurs de ce présent blog. Je suis particulièrement touchée de donner l’impression à certains de marcher avec moi. Pourquoi ne pas explorer cette piste ? J’ai toujours voulu faire de ce site un espace de partage autour de cette aventure. Alors voilà : vous qui me lisez, faîtes de moi votre messagère sur le chemin. Soumettez-moi vos voeux, faites moi expérimenter vos idées, envoyez-moi des missions, par mails ou en commentaires. Que ce soit pour vous, pour quelqu’un ou pour rien, votre créativité enchantera mon quotidien ! Voici l’occasion de pousser de nouvelles portes. Où me mènerez-vous ?
Céline Chevallier

Méditation.
AfterLogroño. Big blow of blues. For the first time since I left Paris I want to leave everything. Throw my bag in a ditch, send my shoesto graze , and take the first bus which I see.
Of course I do nothing. I know that it is the bad cape to be crossed and that time will make the rest. I find some comfort with my companion by telephone. Result of the conversation: I have to recover and put back the foot on the stirrup. I little filmed lately, waiting vainly for the inspiration.
The road continues to flow under my feet, the shells which punctuate the road scroll at a brisk pace. The routine settled down on Camino francès. In the morning I double most of the pilgrims, but I often have breaks. I find back a vocabulary which is familiar to me: that of the cafés (I am not a regular barfly but I have been a waitress near Barcelona!) Then all day long I double and double the same persons. I sometimes find them in the evening, in some inn on the road. I move at the rate of 3 stages in 2 days, what allows me to meet new persons. Heading for Santiago: quite a lot of cyclists (essentially Spanish), young people (more than I thought ), Italians, French people, couples and families … I often team up with Peter, my Dutch friend met in Saint-Jean-Pied-de-Port. We share the team spirit, possess the same humor and navigate on the same speed. We discuss about everything and nothing, and the days are linked in cheerfulness.
We imagine to exchange the shoes which pilgrims align near inns for night. I vote for “stealing” laces, Peter invents downright a system of loan with messages which we would leave instead of shoes … Every evening the same rites: to undo my bag to catch what I need (it is always at the bottom), to take a shower, to wash my linen, to recharge batteries, to work … Possibly eat. And then sleep.
On the road I think again about the messages of the readers of this present blog. I am particularly touched to give the impression to some to walk with me. Why not to investigate this track? I always wanted to make of this site a space of sharing around this adventure. Then here it is: you who read to me, make me your messenger on the road. Subject me your wishes, make me experiment your ideas, send me missions, by e-mails or in comments. Whether it is for you, for somebody or for nothing, your creativity will enchant my everyday life! Here is the opportunity to push new doors. Where will you lead me?
Je foule le sol espagnol depuis maintenant quatre jours. J’ai déjà réussi à dormir à la belle étoile et dans une église. Mais en toute légalité je vous rassure ! C’est une expérience étrange et unique, quelque part effrayante (une souris s’est invitée dans la nuit). Ce soir je fais escale dans une auberge un peu avant Estella, Villatuerta. L’endroit est vraiment franchement sympathique, idéal pour décompresser après une marche de 12 heures… Visite guidée.

L'entrée du refuge. Ambiance zen, encens et fauteuils... L'hôte propose même des massages (payants) !
:

Salle de bain. La douche est un moment important. Même en mode pèlerin j'essaie de prendre soin de moi.
.
.

Salle à manger.
,

Coin cuisine. Chacun peut préparer son repas. En général, de la nourriture est mise à la disposition du pèlerin. Ici des voisins ont offert des légumes...
.
.
.
.

De la part d'un pelerin...
Réponse à la question hautement philosophique de Peter, fidèle lecteur du présent blog.
« Si quand on a comme moi, des pensées pas très positives sur le genre humain, en faisant le chemin, se réconcilie-t-on avec lui ? »
Je suis partie le 12 juin, confiante, à la fois en moi- même et en ceux que j’allais rencontrer. J’ai toujours cru en l’être humain. Non pas que je sois toujours tombée dans la vie sur des personnes bien intentionnées… Mais il me semble n’avoir jamais désespéré à ce sujet. Au moment même où j’écris ces mots, j’aperçois mon ami hollandais Peter qui cuisine des pommes de terre pour nous deux. Il vient de m’apporter une tisane et s’est inquiété de savoir si j’aime les herbes… Il a décliné ma proposition d’aide en cuisine pour que je puisse travailler. Et nous ne nous connaissons que depuis trois jours ! Que dire sur l’extraordinaire solidarité de presque tous ceux que j’ai rencontrés ? Alors, ma réponse est oui, définitivement oui. Il suffit parfois de faire le premier pas pour voir s’ouvrir les portes, puis les coeurs des gens.
C’est sans risque ! Ce n’est pas juste le chemin de Compostelle. Partir à la rencontre des autres est le meilleur moyen de se « réconcilier » avec l’autre, et avec la vie parfois.
Celine Chevallier
I walk on the Spanish ground from now on four days. I have already managed to sleep under the stars and in a church. But in legality I reassure you! It is a strange, unique and somewhere terrible experience (a mouse invited itself at night). This evening I make stopover in an inn little before Estella, Villatuerta. The place is really openly pleasant, ideal to unwind after a walking of 12 hours… Conducted tour.
Answer to the Peter’s highly philosophic question, the faithful reader of the present blog.
» If when we have as me, not very positive thoughts on the human race, by making the road, do we become reconciled with him? »
I left on June 12th, confident, at the same time for me and for those whom I was going to meet. I always believed in the human being. Not that I always fell in the life on well-intentioned persons… But it seems to me to have never despaired on this subject. At the moment when I write these words, I perceive my dutch friend Peter who cooks potatoes for us two. He has just brought me a herb tea and worried to know if I like herbs … He declined my proposition of help in cooking so that I can work. And we know only for three days! What to say about the extraordinary solidarity of almost all those whom I met? Then, my answer is yes, definitively yes. It is sometimes enough to make the first step to see opening doors, then hearts of people.
It is without risk! It is not just the road of Compostelle. To leave on the meeting of the others is the best means « to become reconciled » with the other one, and with the life sometimes.
Le 30 juillet 2010

.
Je quitte Saint-Jean-Pied-de-Port sur la pointe des pieds au moment où l’aube pointe à l’horizon. Je descends, conquérante, la principale ruelle sous le soleil naissant. Quelque chose a changé. Devant comme derrière moi, une file de pèlerins s’étend. Nous sommes désormais tous sur le même chemin. Celui qui mène à l’Espagne à travers le col de Roncevaux dans les Pyrénées. Mon ami Hophra qui a franchi le col une semaine auparavant m’a prévenue : les huit premiers kilomètres sont les plus difficiles, à Orisson (600 mètres de dénivelé) le plus dur est fait.

Un pèlerin me montre son tatouage réalisé d'après un tampon obtenu sur le chemin de Compostelle quelques années plus tôt.
J’entame donc ma montée dans une grande concentration, veillant à réguler mon souffle et à doser mon effort. Pas de grosse surprise, je transpire quelques litres mais continue de grimper calmement. Je suis même plutôt rapide. Alors je prends le temps de filmer le paysage magnifique qui s’offre a moi. La vallée baignée de lumière tarde à sortir des nuages. Les rayons du soleil filtrent à travers les feuilles des arbres et inondent la montagne. C’est sublime.
.
20 kilomètres et 700 mètres de dénivelé plus tard, je parviens enfin au sommet. Je ne suis plus seule, j’ai rencontré un hollandais avec qui je bavarde. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes sauf que… Une fois en haut il faut bien redescendre !

Je voyage un temps avec Peter, un hollandais de 28 ans.
Je hais les descentes. Mes orteils cognent le bout de mes chaussures, mes genoux s’entrechoquent, mes chevilles assument les lourdes saccades de mes pas… C’est extrêmement douloureux. Je termine donc l’étape avec Peter, 28 ans, venu d’un village dont je ne comprends pas le nom, près de Rotterdam. A Roncesvalles, tout le monde est logé à la même enseigne : un immense refuge d’une centaine de places dans lequel s’enchevêtrent les lits. Ambiance colonie de vacances, ronflements en plus. J’ai beaucoup de mal à m’acclimater à ce changement soudain. J’ai été habituée à la solitude, marchant, mangeant et dormant seule la plupart du temps. Je me sens un peu comme un mouton, parquée et contrainte de respecter les mêmes règles que tout le monde. Extinction des feux à 22 heures, réveil à 6 heures… Je vais avoir besoin d’un peu de temps ! Mais j’ai confiance, et je suis heureuse à l’idée de rencontrer d’autres pèlerins. Le lendemain je sympathise avec Alain (Carnet 19) et l’un de ses amis (Alain aussi), continue de découvrir Peter, et je me frotte à la rando en collectivité. J’aime cette ambiance simple et chaleureuse, où tout le monde échange spontanément. J’alterne français, anglais et espagnol… Parfois je mixe le tout !

Au sommet un hospitalier propose du café et s'amuse à tenir les comptes : "Nationalité ? Ville de départ ? Jusqu'où allez-vous ?"

Blessures de guerre. PS : Ce ne sont pas mes pieds !
.
Je suis prête pour cette dernière ligne droite vers Compostelle, ouverte à toutes les rencontres et bien décidée à tirer le plus possible de cette aventure. A l’heure actuelle par exemple, je viens de me laver dans la rivière, mange un bout de saucisson et m’apprête à dormir à la belle étoile… Mais ça c’est une autre histoire. A suivre !
Céline Chevallier
July 30th, 2010
I leave Saint-Jean-Pied-de-Port on tiptoe as the dawn clocks on the horizon. I go down, conqueror, the main alley under the rising sun. Something changed. In front of me as behind me, a line of pilgrims extends. We are henceforth all on the same road. The one which leads in Spain through the pass of Roncesvaux in Pyrenees. My friend Hophra who exceeded the pass one week previously warned me: the first eight kilometers are the most difficult, at Orisson (600 meters of made uneven) most hard is made.
I thus begin my rise in a big concentration, watching to regulate my breath and to measure my effort. No big surprise, I perspire some liters but continue to climb calmly. I am even rather rapids. Then I take time to film the magnificent landscape which offers itself to me. The valley bathed by light delays bringing out clouds. The beams of the sun filter through the leaves of trees and flood the mountain. It is sublime.
20 kilometers and 700 meters of difference in level later, I reach finally the summit. I am not alone any more, I met a dutch man,with whom I chat. Everything goes for best in the best of the worlds without … Once at the top it is necessary to get down again!
I hate the descents. My toes bang the end of my shoes, my knees collide, my ankles assume the heavy jerks of my steps … It extremely aches. I thus end the stage with Peter, age 28, come from a village the name of which I does not include, near Rotterdam. To Roncesvaux, everybody is accommodated all in the same boat: an immense refuge of hundred places in which become muddled beds. Atmosphere summer camp, snores in more. I have difficulty acclimatizing to this sudden change. I was used to the solitude, walking, eating and sleeping alone most of the time. I feel little as a sheep, parked and forced to respect the same rules as everybody. Extinction of lights at 10 pm, awakening at 6 am … I am going to need a little of time! But I trust, and I am happy at the idea of meeting the other pilgrims. The next day I get on with Alain (Pad 19) and one of his friends (Alain too), I continue to discover Peter, and I rub myself in the rando in community. I like this simple and warm atmosphere, where everybody spontaneously exchanges . I alternate French, English and Spanish … Sometimes I mix the whole!
I am ready for this final straight towards Compostelle, opened to all the meetings and well decided to fire as much as possible of this adventure. At the moment for example, I have just washed myself in the river, eat an end of sausage and get ready to sleep under the stars … But that it is another story. To follow!
Le 29 juillet
Devant moi se dressent les Pyrénées. Je suis arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port hier et je prends aujourd’hui ma première journée de repos depuis que je suis partie de Paris. Demain m’attend l’étape réputée pour être la plus difficile du chemin, celle du col de Roncevaux. Pour le moment je profite du charmant village basque et de mon amoureux qui m’a rejoint quelques jours plus tôt.

.
.

Juste avant un dénivelé de 350 mètres, pour se mettre en jambes avant les Pyrénées.
Depuis Ostabat-Asme je marche sur le même chemin que les pèlerins venus du Puy-en-Velay et de Tours. C’est dans ce petit village de 250 habitants que se rejoignent pour ne former plus qu’un les trois chemins français de Compostelle. Au dîner dans les refuges, les mêmes questions reviennent : « Vous êtes partis d’où ? Et vous vous arrêtez à Saint-Jean ? Vous marchez combien de kilomètres par jour ? » Etc. Je serai désormais moins seule. Je sais qu’une page se tourne. Et je suis pressée de découvrir la suite de l’histoire.

La croix de Galzetaburu
.

Au bourg de Gamarthe la ferme est super sympa!
Autour de mon aventure aussi les chemins se croisent. Je reçois des nouvelles de ceux que j’ai rencontrés plus tôt. Mon accordéoniste (Carnet 3) a bien reçu ma carte, Alfred de Bourges (carnet 9) me téléphone régulièrement, Claude et Lise qui m’avaient hébergée à Vaux m’envoient des e-mails, je reçois des photos, des nouvelles des uns et des autres. J’apprends avec tristesse de Raymonde et Guy de Solignac que le petit Robert s’en est allé dans les étoiles. Auphra ou plutôt Hophra (carnet 15), l’hospitalier belge, me fait parvenir des images de la famille suisse avec sa calèche qui faisait étape à Sorges après moi. Sophie chez qui j’ai passé la nuit à Périgueux et qui avait ramené à Sorges un tupperware que j’avais « emprunté » a fait des rencontres : elle qui me confiait son désir de voir occupée sa chambre d’amis de temps en temps, a hébergé plusieurs pèlerins après mon passage. Mes amis Jean-Charles et Martine (carnet 16) ont fait la rencontre d’Anne la Nantaise, fidèle lectrice de ce blog.

Martine, Jean-Charles et Anne à Saint Florent le Vieil.
En arrivant sur Saint-Palais il y a peu, j’ai salué un pèlerin. Lorsqu’il a vu ma caméra il m’a demandé:
« Ah, vous êtes la journaliste ? »
Je suis surprise de cette notoriété nouvelle ! Alain a entendu parler de moi par un autre pèlerin parti de Vézelay qui avait découpé un article de journal parlant de mon projet. Le hasard m’avait effectivement fait sonner chez un correspondant de l’Yonne Républicaine et l’article était paru quelques jours plus tard.

Les hospitaliers de Saint-Jean. A ma gauche en vert: Lydia, une lectrice avec qui je corresponds depuis le début.
Aujourd’hui, je pars à la découverte de la Citadelle de Saint-Jean-Pied-de-Port. J’ai lu qu’on peut accéder à un point de vue magnifique par un chemin de ronde de 269 marches. Rien de tel pour garder la forme pendant les vacances !
Céline Chevallier
July 29th
In front of me raise themselves Pyrenees. I arrived at Saint-Jean-Pied-de-Port yesterday and I take today my first rest day since I left Paris. Tomorrow the stage considered as being the most difficult of the road waits for me, that of the pass of Roncesvaux. For the moment I take advantage of the charming Basque village and my lover who joined me a few days earlier.
.Since Ostabat-Asme I walk on the same road as the pilgrims coming from Puy-en-Velay and from Tours. It is in this small village of 250 inhabitants that join to form just one the three french roads of Compostelle. At the dinner in refuges, the same questions come back: » you left where from? And you stop in Saint Jean? You walk how many kilometers a day? » Etc. I shall henceforth be less alone. I know that a page turns. And I am in a hurry to discover the continuation of the story.
Around my adventure also roads cross themselves. I receive news fro those whom I met earlier. My accordionist (Pad 3) received my card, Alfred of Bourges (pad 9) phones me regularly, Claude and Lise who had accommodated me in Vaux send me e-mails, I receive photos, news of some and the others. I learn with sadness from Raymonde and Guy of Solignac that small Robert went in stars . Auphra or rather Hophra (pad 15), the belgian « hospitalier », sends me photos of the swiss family with its carriage who made stage in Sorges after me. Sophie to whom I spent the night in Périgueux and who had returned to Sorges a tupperware which I had « borrowed », met: she who confided me her desire to see busy her guest room from time to time, accommodated several pilgrims after my passage. My friends Jean-Charles and Martine (pad 16) met Anne the Inhabitant of Nantes, the faithful reader of this blog.
By arriving on Saint Palais there is a few time, I greeted a pilgrim. When he saw my camera he asked me:
» Ah, you are the journalist? «
I am surprised with this new fame! Alain heard about me by another pilgrim left from Vézelay who had cut an article of newspaper speaking about my project. The fate had effectively made me ring at a correspondent’s of the Yonne Républicaine and the article was appeared a few days later.
Today, I leave to the discovery of the Citadel of Saint-Jean-Pied-de-Port. I read that we can reach a magnificent point of view by a covered way of 269 walking. No such thing to keep the shape during holidays.
25 juillet 2010 – St jacques

.
.
.
Johannes et moi nous séparons à Orthez. Son objectif est d’arriver à Saint-Jean-Pied-de-Port au plus vite tandis que j’ai envie de prendre mon temps. Ni lui ni moi n’avons rencontré beaucoup de pèlerins avec qui partager le chemin plus tôt, mais nous savons que cela va changer à partir des Pyrénées.
.
.
.

Johannes
2010 étant une année jacquaire (La St Jacques tombe un dimanche), les marcheurs préfèrent emprunter la partie espagnole pour boucler leur voyage à Santiago. Puisque peu d’entre eux parcourent la voie d’une seule traite, ils débutent à Saint-Jean-Pied-de-Port. Je ne m’étonne donc plus d’entendre que les refuges de la voie de Vézelay ont reçu moins de monde cette année.

Avant Beyries.
.

Grincheux s'abstenir à Beyries! Les porte-savons de la douche du refuge.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
Seconde explication : la voie du Puy en Velay est plébiscitée. On dit qu’elle a conservé son charme d’antan, offre plus de solutions d’hébergement, et la traversée du Massif Central est magnifique. Je serai bientôt à Ostabat, carrefour des voies de Tour, de Vézelay, d’Arles et du Puy.
.
.En attendant je dépasse Orthez et me mets en quête d’un endroit pour passer la nuit. La première porte que je pousse s’ouvre sur une joyeuse famille en pleine partie de pétanque ! J’explique brièvement mon cas : Paris – Saint-Jacques, journaliste, pas de tente, un matelas et un duvet, petit budget, etc. Thérèse et Dominique me proposent la caravane dans le jardin pour passer la nuit. C’est parfait, et extrêmement gentil de leur part !

Thérèse et Dominique
.Je suis invitée à prendre l’apéritif avec tout le monde : un couple d’amis de Seine et Marne, Thérèse et Dominique (dits mamé et papé), leur fils, leur belle fille et trois de leurs petits enfants : Corentin 9 ans, Coralie 3 ans, et Cylian 10 mois. Eclats de rires, cris, pleurs, bruits des jouets qui tombent, tchin tchin… C’est vivant, chaleureux, ça me fait du bien ! Le temps file de la table basse à la salle à manger. Dominique me parle de l’association Mink’Africa qu’il a montée pour venir en aide à une école camerounaise ; Thérèse m’interroge sur le chemin de Compostelle qui l’attire depuis longtemps ; j’explique à Corentin ce qu’est un palindrome et j’endors Coralie à coups de papouilles sur les bras.
.

.
.Au moment du café, Thérèse, cherchant sans aucun doute à me témoigner toute sa sympathie, me verse l’eau brûlante de la bouilloire dans le bas du dos.
Petit moment de panique.
Vous imaginez, la nana qui marche un mois et demi sans encombre, et qui termine aux urgences pour fesses brûlées ? C’est du sabordage !
Heureusement, plus de peur que de mal. Je déculpabilise Thérèse en lui assurant que ça me fera quelque chose à raconter ! Elle acquiesce et dit que la vie serait triste s’il ne se passait jamais rien.
« Ok, Thérèse, mais n’y allez pas trop fort tout de même ! » Rire général, et il reste assez d’eau pour le café.
J’ai passé une superbe soirée. Et je vous assure que j’ai eu plus chaud au cœur qu’au derrière !
Céline Chevallier
July 25th, 2010 – St jacques
Johannes and I separate in Orthez. His objective is to arrive at Saint-Jean-Pied-de-Port as quickly as possible whereas I want to take my time Neither he nor I met many pilgrims with whom to share the road earlier, but we know that it is going to change from Pyrenees.
2010 being a « jacquaire » year(St Jacques is on a Sunday), the walkers prefer to take the Spanish part to finish their journey in Santiago. Because few of them cross the way in one breath, they begin in Saint-Jean-Pied-de-Port. I do not thus wonder any more to hear that the refuges of the way of Vézelay received less people this year.
Second explanation: the way of Puy en Velay is approved by a large majority. We say that it preserved its charm of former days, offers more solutions of accommodation, and the crossing of the Massif Central is magnificent. I shall soon be in Ostabat, crossroads of the ways of Tour, Vézelay, Arles and Puy.
While waiting for I exceed Orthez and search a place to spend the night. The first door which I push opens on a merry family playing petanque! I briefly explain my case: Paris – Saint Jacques, journalist, no tent, a mattress and a sleeping bag, low budget, etc. Thérèse and Dominique propose me the caravan in the garden to sleep. It is completed, and extremely kind from their part!
I am invited to have an apéritif with everybody: a couple of friends of Seine et Marne, Thérèse and Dominique (said mamé and papé), their son and his wife and three of their grandchildren: Corentin 9 years old, Coralie 3-years-old ,and Cylian 10 months. Roars of laughter, shouts, tears, noises of the toys which fall, tchin tchin … It is alive, warm, that makes me feel good! The time takes off from the coffee table to the dining room. Dominique speaks to me about the association Mink’ Africa that he took up to help a Cameroonian school;Thérèse questions me about the road of Compostelle which attracts her for a long time; I explain to Corentin what is a palindrome and I put to sleep Coralie with kisses on arms.
At the time of coffee, Thérèse, doubtless trying to show me all her sympathy, pours the ardent water of the kettle on my low back.
Small moment of panic.
You imagine, the girl who walks one and a half month without blocks, and who ends in emergencies for burned buttocks? It is scuttling!
Fortunately, more being afraid than evil. I justify Thérèse by assuring her that this will make for me something to tell! She agrees and says that the life would be sad if there was never anything happening.
» OK, Thérèse, but do not go there too hardly all the same! » General Laughter, and there is enough water for the coffee.
I spent a magnificent evening. And I assure you that I was more hot in heart than in backside!

.
Le paysage a changé autour de moi. Les vignes ont disparu avec les vallons et les pins se sont peu à peu élevés au bord du chemin. Je marche en ligne droite dans un décor uniforme. Je suis dans les Landes. La traversée de cette région plate où les forêts de pins s’étirent sans fin étaient autrefois très redoutée des pèlerins. Les malheureux s’y faisaient régulièrement piller par les brigands.

.
Moi j’avance sereinement, les yeux rivés sur la lumière qui pointe au bout du tunnel d’arbres. Devant comme derrière, le passage caillouteux file à perte de vue. Je trompe la monotonie en réfléchissant à mon film. Je travaille depuis plus d’un mois sans avoir visionné la moindre de mes prises de vue. Alors j’envisage toutes les éventualités, y compris celle de ne rien tirer de ces heures de bande.

Vestiges des dernières tempêtes.

.
.
Depuis quelques jours ma mère s’est jointe à moi… en voiture ! Je la convaincs de marcher un peu (elle n’est pas très sportive…) : « Tu verras, les Landes c’est tout plat, c’est facile. Et puis c’est bordé d’arbres, on sera à l’ombre toute la journée. Des ampoules ? Pas de souci, j’en fais mon affaire. Pour récupérer ta voiture ? On rejoindra la nationale et on retournera en stop. Mais oui maman on trouvera une bonne âme. Mais non tu ne vas pas me retarder. » Ouf, nous voilà sur la route. On avance à bonne allure et tout se passe comme prévu quand… il se met à pleuvoir. Pour la première fois depuis que j’ai quitté Paris, il pleut. Il était bien tombé quelques gouttes avant Châteauroux, mais cette fois le temps est à l’orage. Une vraie soupe !
.
.
Le lendemain je reprends la gadoue aux alentours de Captieux. Je reconnais devant moi la démarche caractéristique du pèlerin qui vient de loin. Je devine un homme, complètement bâché mais trempé quand même, qui porte un chapeau et s’aide de deux bâtons. Je le rattrape au pas de course et nous faisons rapidement connaissance. Johannes est un allemand de 24 ans qui vient de finir ses études en théologie. Il marche depuis plus de deux mois, porté par la foi.

.

.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
Nous discutons en anglais toute la journée. En plus du rythme, nous avons plusieurs points communs dont celui de ne jamais en avoir assez. Un peu fatigués mais motivés, nous poussons après Roquefort et achevons nos 40 km sur les genoux. Quand je m’arrête je continue de voir défiler la route ! J’ai l’impression d’avoir les semelles qui fument et les pieds plats à force d’avoir trop frappé le sol.

.
Nous décidons de continuer ensemble pour quelques jours. Demain, c’est Saint-Sever. Je trouve ça ambitieux étant donné notre état de fatigue mais il insiste : d’où nous sommes ça ne fait « que » 35 km. O.k., je suis partante. Je ne vais quand même pas me démonter devant un jeunot de 24 ans !
Céline Chevallier
The landscape changed around me. Vineyards disappeared with valleys and pines rose little by little at the edge of the road. I walk in a straight line in a uniform decoration. I am in the Landes. The crossing of this flat region where the forests of pines stretch unlimitedly was formerly very dreaded by pilgrims. The unfortunates regularly were plundered there by the bandits.
Me, I move serenely, eyes riveted on the light which clocks at the end of the tunnel of trees. In front of as behind, the rocky passage takes off as far as the eye can see. I deceive the dullness by thinking about my movie. I work for more than a month without having viewed the slightest of my shots. Then I envisage all the eventualities, including that of to pull nothing of these hours of tape.
Since a few days my mother joined me by car! I convince her to walk a little (she is not very sportive): » you will see, Landes it is quite flat, it is easy. And then it is lined with trees, we shall be on shadow all day long. Bulbs? No concern, I deal with it. To get back your car? We shall join the national road and we shall return on hitching. But yes mom we shall find a kind soul. But no you are not going to delay me. » Phew, here we are on the road. We move on good speed and everything takes place as expected when it begins raining. For the first time since I left Paris, it is raining. It had fallen some drops before Châteauroux, but this time the weather is in the thunderstorm. A real soup!
.The next day I take back the mud near Captieux. I recognize in front of me the characteristic approachof the pilgrim which comes by far. I guess a man, completely covered but dipped all the same, who wears a hat and uses two sticks. I catch up him at a run and we quickly get acquainted. Johannes is German , 24 years old and he has just ended his studies in theology. He has been walking for more than two months, pushed by faith.
We discuss in English all day long. Besides the rhythm, we have several common points of which that to never have enough of it. A little tired but motivated, we push after Roquefort and finish our 40 km on knees. When I stop I continue to see the road disentangling ! I have the impression that my soles are smoking and that my feet are flat due to having too much struck the ground.
We decide to continue together for a few days. Tomorrow, it is Saint-Sever. I find that ambitious considering our state of fatigue but he insists: where from we are that is « only » 35 km. O.k., I am ready. I am not going all the same to get confused in front of a 24-year-old young fellow
Le 18 juillet
Martine avait hésité à se joindre à moi pour quelques kilomètres. Elle boucle aujourd’hui ses 76 bornes à travers le Périgord dans la joie et la bonne humeur. Je suis sidérée. Elle n’a ni crampe, ni ampoule, ni fatigue, ni rien du tout ; C’est à peine si ça tire dans les cuisses.

.
Quelques jours plus tôt, Jean-Charles et Martine étaient venus me récupérer près de Saint-Astier. Soirée de retrouvailles dans leur maison près de Bergerac. (Il y a un peu moins d’un an, je tournais ici un documentaire sur les pastels de Jean-Charles Peyrouny essentiellement connu pour ses nus et je les rencontrais pour la première fois.) Aujourd’hui le chemin nous attend et Martine me fait part de ses appréhensions au sujet de la vingtaine de kilomètres qu’elle s’apprête à parcourir. Pourtant je perçois dans son regard toute sa volonté. Finalement ses yeux s’illuminent à l’idée de la journée que nous allons passer. Son énergie la mènera jusqu’à Mussidan sans encombre.
Nous redémarrons depuis l’endroit exact où je me suis arrêtée la veille. (Merci Jean-Charles pour les allers-retours…) Martine est survoltée ! Elle s’élance, pétillante et fraîche, chapeau de jardin sur la tête et vieilles baskets aux pieds. Elle marche vite, elle caracole en tête… Je me dis que ça ne durera pas plus d’un quart d’heure… 24 kilomètres plus tard, fin d’étape, elle en redemande ! Je suis bluffée. – Si ça continue, elle va croire que ce que je fais est facile ! – Rassurée sur ses capacités, Martine repart avec moi le lendemain pour 25, puis le surlendemain pour 27 km.

Or noir sous la chaleur.

La Dordogne.
.
.
.
Le soir nous fêtons mes mille bornes. Jean-Charles croque mes chaussures à la sanguine, et Chantal (qui pose pour le peintre de temps en temps) se joint à nous pour le dîner. Je ne saurai trouver les mots pour qualifier l’accueil qui m’a été réservé pendant ces trois jours. Si je ne devais utiliser qu’un mot, ce serait… chaleur et bonheur. (Oui ! D’accord, ça fait deux…)
.
.
.
.

Etape avec Martine et Chantal entre Sainte-Foy-la-Grande et Saint-Ferme.
.
.
.
Les bonnes choses prennent fin, et l’heure du départ sonne déjà. Devant la magnifique abbaye de Saint-Ferme, la joie d’avoir accompli quelque chose de fort se mêle à la nostalgie des au revoir. Un dernier diner tous ensemble : Jean-Charles, Martine, Chantal que nous avons embarquée pour cette troisième étape, et ma maman qui me rejoint pour quelques jours.
.
.
.
.
.
.

Mieux qu'Hollywood Boulevard.
Les conseils que j’ai donnés à Martine m’ont fait prendre conscience de mes progrès en matière de randonnée.
- Ne jamais repousser les obligations (remplir la bouteille d’eau, soigner un pied, etc.) sinon ça ne va jamais en s »arrangeant, ou pire, c’est trop tard !
- Ne jamais demander à un autochtone le nombre de kilomètres restants. J’ai un jour commis cette erreur : « Oh. Deux ou Cinq », m’a répondu un riverain. Ce fut treize.
- Ne pas se fier au soleil pour se diriger sur les chemins.
- Si on ne se brosse pas les cheveux pendant un mois, ils s’emmêlent.
- Savoir se ménager. Courir en pensant arriver plus vite est un mauvais calcul ! Il vaut mieux faire des pauses régulières. Un jour, quelqu’un a écrit, « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ».
J’ai surtout compris qu’il faut savoir “s’écouter” et apprendre à se connaître pour faire de son corps un allié.
Céline Chevallier

Coteau du Périgord.
July 18th
Martine had hesitated to join me for some kilometers. She finishes today her 76 km through Périgord in the enjoyment and the cheerfulness . I am bewildered. She has neither cramp, nor bulb, nor fatigue, nor absolutely nothing; it is hardly if is tough on thighs.
A few days earlier, Jean-Charles and Martine had come to get back me near Saint-Astier. Evening of reunion in their house near Bergerac. (There is a little less than one year, I shot here a documentary on Jean – Charles Peyrouny’s pastels essentially known for his nudes and I met them for the first time.) Today the road is waiting for us and Martine announces me her apprehensions about the twenty kilometers which she gets ready to cross. Nevertheless I perceive in her glance all her will. Finally the eyes are illuminated at the idea of the day which we are going to spend. Her energy will lead her until Mussidan without block.
We restart since the exact place where I stopped the day before. (Thank you Jean-Charles for round trips) Martine is boosted! She dashes, sparkling and cool, hat of garden on the head and old sneakers in feet. She walks fast, she cavorts in front … I say to myself that that will not last more than a quarter of an hour… 24 kilometers later, at the end of stage, she asks for more of it! I am fooled. – if that continues, she is going to believe that what I make is easy! – reassured on her capacities, Martine leaves with me the next day for 25, then two days later for 27 km.
In the evening we celebrate my thousand kilometers. Jean-Charles outlines my shoes in red chalk drawing, and Chantal (who poses for the painter from time to time) joins us for the dinner. I shall not know how to to find the words to qualify the welcome which was reserved for me during these three days. If I had to use only a word, it would be heat and happiness. (Yes! All right, that makes two)
Good things come to an end, and the hour of the departure already rings. In front of the magnificent abbey of Saint Ferme, the enjoyment to have carried out something strong gets involved in the nostalgia of goodbye. A last dinner all together: Jean-Charles, Martine, Chantal whom we embarked for this third stage, and my mom who joins me for a few days.
-Never put off obligations ( fill the bottle of water, look after one foot, etc.) otherwise never goes in getting better, or worse, it is too late!
-Never ask to an autochton)for the number of remaining kilometers. One day I made this error: » oh. Two or five « , answered me a local resident. It was thirteen.
- Do not trust the sun to go on roads.
- If we do not brush hair during a month, they get tangled.
- Know how to save oneself. Running by thinking of arriving faster is a bad calculation! It is better to have regular breaks. One day, somebody wrote, « Slow and steady wins the race ».
I especially understood that it is necessary to know how to » listen to » and learn to know oneself to make of one’s body an ally.
13 juillet

.
.

Auphra

Auphra avec son Tee Shirt MESA : Marche européenne du souvenir et de l'amitié (Bataille des Ardennes de Noël 44)
.
Je marche, je mange, je marche, je fais une pause, je repars, je me tords une cheville, je soigne une ampoule, je marche… J’arrive à Sorges en milieu d’après midi et je m’effondre sur la pelouse. Je somnole deux heures devant le refuge de pèlerins qui fait face à l’église, à côté de la mairie. Cette semaine le refuge est tenu par Auphra. Auphra est ce que l’on appelle un hospitalier, un bénévole du chemin de Compostelle. Ce belge au grand cœur, infatigable et drôle, gère l’accueil des marcheurs, cuisine et anime la maisonnée. Son apparente légèreté dissimule une vie de responsabilités. Il m’apprendra plus tard qu’il fût tour à tour enquêteur criminel, sauveteur et pompier. Grand marcheur en Belgique, Auphra a déjà parcouru la voie du Puy-en-Velay et s’apprête à s’élancer sur la partie espagnole, en vélo cette fois. J’espère le recroiser bientôt.
.
.
.
.

.

.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
Pour la première fois je partage le dortoir avec des pèlerins : quatre couples, à la retraite ou en vacances, et le chemin par tronçon. Je goûte aux joies de la vie en collectivité : comparaisons entre les nombres de kilomètres effectués, échanges de théories sur les ampoules, ronflements… Je passe une bonne soirée, heureuse de partager le repas avec tant de monde. Le lendemain je marche avec Catherine et Hervé, deux sympathiques profs de sport et amateurs des chemins de Compostelle. Ils me parlent du camino frances qu’ils ont déjà arpenté auparavant et me content quelques anecdotes croustillantes. Je stoppe à Périgueux chez la charmante Sophie, recommandée par un ami du peintre Jean-Charles Peyrouny. Je passe la soirée à écrire : déjà quatre jours que je n’ai pas alimenté mon blog et les lecteurs les plus assidus s’impatientent. Voilà d’ailleurs qui me fait plaisir !
15 juillet
Le long de l’Isle, avant Saint-Astier, je m’arrête devant un panneau destiné aux passants, et qui avertit de la dangerosité des bords de la rivière. « Pente glissante, remontée impossible ». Je souris. Adolescente, j’envisageais la vie comme une immense côte à gravir, et sur laquelle chacun avancerait à son rythme. Notre passage sur terre consisterait alors à gravir des échelons, grappiller jour après jour un peu de hauteur. J’imaginais tous ces gens postés le long de la pente, vérifiant leur avance, appréciant la distance restante. Rien n’étant définitif, un faux pas pouvait parfaitement entraîner une valdingue – pas forcément fatale – mais dont il fallait savoir se relever. Sans parler de ceux d’en dessous qu’on avait entraînés avec soi dans un joyeux roulé-boulé. Bref. A votre guise d’étendre la métaphore. A cette époque bien sûr, je regardais cette côte depuis en bas, au fond du gouffre. Les yeux dans le ciel et les bras baissés. Le temps a passé. Et à force de volonté, d’un peu de chance et d’un entourage précieux, j’ai moi aussi grimpé. D’ailleurs la pente est de moins en moins raide. La vie s’adoucit.
Ceci est un petit message d’espoir à tous ceux qui parfois doutent. Même si la pente est glissante, la remontée n’est jamais impossible !

.
July 13th
I walk, I eat, I walk I have a break, I leave, I twist myself an ankle, I look after a bulb, I walk … I arrive at Sorges in the middle of after noon and I collapse on the lawn. I nap for two hours in front of pilgrims’ refuge which faces the church, next to the city hall. This week the refuge is held by Auphra. Auphra is what we call a”hospitalier”, a volunteer of the road of Compostelle. This Belgian man with a big heart, tireless and funny, manages the walkers’welcome, makes cooking and livens up the household. His visible casualness hides a life of responsibilities. He will learn me later that he was alternately criminal investigator, rescuer and fireman. Big walker in Belgium, Auphra has already crossed the way of Puy-en-Velay and gets ready to dash on the Spanish part,on bike this time. I hope I will meet him again soon.
For the first time I share the dormitory with pilgrims: four couples, retired or on holidays, and road by section. I taste joys of life in community: comparisons between the numbers of made kilometers, exchange of theories on bulbs, snores … I spend a good evening, happy to share the meal with so many people. The next day I walk with Catherine and Hervé, two nice sporting teachers and amateurs of the roads of Compostelle. They talk me about the camino frances which they have already measured previously and tell me some crunchy anecdotes. I stop in Périgueux at charming Sophie’s, recommended by a friend of the painter Jean-Charles Peyrouny. I spend the evening by writing: already four days I did not feed my blog and the most diligent readers get impatient. Here is moreover which pleases me!
July 15th
Along Isle, before Saint-Astier, I stop in front of a panel intended for the passers-by, and which warns of the dangerousness of river banks. « Slippery slope, impossible going back up « . I smile. Teenager, I envisaged the life as an immense slope to be climbed, and on which each would move at his pace. Our passage on earth would then consists in climbing levels, in gathering day after day a little of height. I imagined all these people posted along the slope, verifying their advance, estimating the remaining distance. Anything not being definitive, a lapse could perfectly entail a fall – not necessarily fatal – but about which it was necessary to know how to get up. Without speaking about those down that we had pulled with one in a merry roll. Well. In your way to widen the metaphor. In this time naturally, I was looking at this slope since below, at the bottom of the abyss. Eyes in the sky and the lowered arms. Time has passed. And by means of will, a little of luck and a precious circle , I climbed too. Moreover the slope is less and less stiff. The life becomes milder.
This is a small message of hope for all those who sometimes doubt. Even if the slope is slippery, the ascent is never impossible!
Céline Chevallier
11 juillet 2010
J’en avais déjà entendu parler plusieurs fois. Ils me précédaient de quelques kilomètres et j’allais bientôt les rattraper. On les avait vus à Cuzion, ils avaient dormi à Saint Germain Beaupré, déjeuné aux Cars, etc. Partout où ils passaient on les observait par les fenêtres, on les prenait en photo, on venait à leur rencontre.

L'équipée suisse parcourt les routes depuis le mois de mai
.
Quand je les aperçois au coin de la rue, je les reconnais immédiatement. La calèche est à l’arrêt, Bernard surveille les deux chevaux pendant que le reste de la famille termine son déjeuner. Je m’attarde auprès de l’impressionnante équipée, heureuse de rencontrer des pèlerins. Je décide de me joindre à eux pour quelques kilomètres. J’ai de la route à faire et je me dis que cette expédition va me ralentir, mais je veux profiter de cette aventure peu ordinaire. Les parents marchent à côté de la calèche, leur fille Samira navigue autour, perchée sur son cheval. Le petit Silvan est assis dans la carriole tirée par la jument de 18 ans. Ce sera intéressant pour mon film de recueillir leurs témoignages. Et quand j’en aurai assez, il me suffira de partir devant…
.
.
Tu parles ! La calèche s’élance à 6 km/h et je cours presque pour la suivre. Dans les montées c’est pire : la jument donne tout ce qu’elle peut pour venir à bout de la côte et accélère encore. En moins de 5 minutes je suis liquéfiée… Doris, à l’avant, guide l’animal qui tire ses 400 kg sans broncher. Le petit monde avance à un rythme d’enfer, et je puise dans le peu d’énergie qu’il me reste pour discuter, filmer, ramasser mon stylo qui vient de tomber, courir pour rattraper la troupe, etc.

Entre Les Cars et Châlus, je partage 5 kilomètres avec une famille peu ordinaire

Samira, 13 ans
.
.
.
La famille vient de Suisse allemande. Ils sont tous les quatre partis de Zurich au mois de mai et parcourent entre 20 et 25 kilomètres par jour. Au cours de la discussion j’apprends qu’ils sont passés par le même chemin que moi à la sortie de Vézelay, celui qui mène à travers la forêt (confère carnet de route 7). Avec la carriole ? Respect ! Je les imagine embourbés au milieu des bois, les chevaux surexcités par les insectes, les enfants dépités se demandant pourquoi ils ne sont pas comme leurs copains, chez Mickey… Je plaisante, mais je les trouve tous supers. Cette aventure laissera aux gamins des souvenirs incroyables. Je les suis sur cinq kilomètres, caméra au poing. Nous nous séparons au moment où le chemin pénètre les bois. Eux préfèrent continuer par la route, la forêt de Vézelay a laissé des séquelles. Je promets de leur envoyer le film et les regarde disparaître dans le virage.
.
.
.
J’arrive à Châlus en fin d’après midi, une trentaine de bornes dans les cuisses. En quête d’une bonne âme pour m’héberger, je rencontre Emmanuel qui vient de reprendre un bar dans le centre. C’est encore en chantier, le mobilier arrive demain. Emmanuel accepte que je squatte son canapé pour la nuit. « On pourra regarder la match de foot ? », je demande. Marché conclu pour une soirée plateau télé / finale de coupe du monde. En attendant je me propose de lui filer un coup de main pour débarrasser un peu la pièce du bas. Et me voilà entrain de faire la navette entre le rez-de-chaussée et le troisième étage, des caisses à outils plein les bras…

Avant Châlus
Nous passons la soirée à discuter devant cette partie de foot virile, et on se sauve pendant les prolongations pour rendre visite à son cheval qui tire sa retraite dans un pré à côté. Au moment où l’Espagne envoie le ballon dans les filets, à la 116ème, pour nous c’est ambiance crottin de cheval au clair de lune. « C’est pas génial ça ? » s’écrie mon hôte en donnant une claque affectueuse à son champion.
Si, Manu, c’est génial. C’est la vie.
12 juillet 2010
Un mois de marche. 850 kilomètres. Je crois que je vais aller jusqu’au bout, non ?
Céline Chevallier
July 11th, 2010
I had already heard about them several times. They preceded me by few kilometers and I was soon going to catch up them. One had seen them in Cuzion, they had slept in Saint Germain Beaupré, lunched in Les Cars, etc. Everywhere where they passed one observed them through windows, one photographed them, one came to their meeting
When I perceive them at the street corner, I recognize them at once. The carriage is stopped, Bernard watches both horses while the rest of the family ends its lunch. I linger with the impressive outing, happy to meet pilgrims. I decide to join them for some kilometers. I have road to be made and I say myself that this expedition is going to slow down me, but I want to take advantage of this no common adventure. The parents walk next to the carriage, their daughter Samira navigates all around, perched on her horse. Little Silvan sits in the cart pulled by the 18 years old mare . It will be interesting for my movie to collect their testimonies. And when I shall have enough, I shall just have to leave ahead …
You speak! The carriage dashes in 6 kph and I almost run to follow it. In the rises it’s worse: the mare gives all that she can to overcome the slope and still accelerates. Within 5 minutes I am liquefied … Doris, in the front, guides the animal which pulls its 400 kg without stumbling. The little troop moves with a rhythm of hell, and I draw from little of energy that it stays in me to discuss, film, collect my pen which has just fallen, to run to catch up the troop, etc.
The family comes from German-speaking Swiss. They all four left Zurich in May and cover between 20 and 25 kilometers a day. During the discussion I learn that they took the same road as me at the exit of Vézelay, the one who leads through the forest (confer log book 7). With the cart? Respect! I imagine them bogged down in the middle of forest, horses overexcited by insects, offended children wondering why they are not as their friends, at Mickey’s … I make fun, but I find them all fantastic. This adventure will leave the kids incredible memories. I follow them on five kilometers, camera at the ready. We part as the road penetrates into wood. They prefer to continue by the road, the forest of Vézelay left aftereffects. I promise to send them the movie and watch at them disappearing in the bend.
I arrive at Châlus at the end of after noon, around thirty km in thighs. In search of a kind soul to accommodate me, I meet Emmanuel who has just bought a bar in the center. It is still in construction site, the furniture arrives tomorrow. Emmanuel accepts that I squat in his sofa for night. » We can look at match of football? « , I ask. Market concluded for an evening set / television / finale of world cup. While waiting I suggest giving him a help to free a bit the bottom room. And here I am making the shuttle between the ground floor and the third floor, toolboxes full arms …
We spend the evening discussing in front of this virile football match, and we escape during the extra time to visit his horse which spends its pension in a meadow close. As Spain sends the ball into nets, in the 116th, for us it is atmosphere dung of horse in the moonlight. » It is not fantastic that? » My host exclaims by giving an affectionate slap to his champion.
Yes, Manu, it is fantastic It is the life.
July 12th, 2010
One month walking. 850 kilometers. I believe that I am going to go up to the end, no?
Le 10 juillet 2010

Traversée de la Vienne

Eglise de Feytiat
Après la Seine, la Loire et la Creuse, la Vienne. Je ne suis pas mécontente de mon choix d’hier : stopper à 14 heures à Saint Léonard de Noblat. L’office du tourisme m’indique une maison de pèlerins à 10 euros la nuit. Les gîtes se font plus nombreux au fur et à mesure que l’on approche de Saint-Jean-Pied-de-Port, et leurs prix varient. Pour les budgets serrés, mieux vaut voyager avec sa tente ou se résoudre à frapper aux portes (c’est mon cas). En Espagne, les auberges réservées aux pèlerins n’affichent pas de prix : chacun donne ce qu’il souhaite, ce qu’il peut. C’est parfois le cas en France, sinon il faut compter entre 10 et 15 euros par personne. De plus en plus de communes s’équipent, mais le cas échéant il existe des alternatives. Pour le confort, on peut encore se tourner vers les nombreuses chambres d’hôtes, ou même vers les hôtels.
Je pars donc chercher les clés auprès de Marie Amandine, papetière de la place de l’église qui tamponne les crédencials. Le gîte est vaste, propre et possède machine à laver et sèche-linge… Je lave tout ce que j’ai ! Je passe le reste de l’après-midi à travailler sur mon ordinateur, faire des courses et flâner dans les rues de la ville et ses vestiges médiévaux. De retour au gîte je rencontre enfin mon premier pèlerin. Lionel, la quarantaine, parcourt le chemin à vélo. Il est comme moi parti de Paris et passé à Vézelay.
Ce matin je pars en direction de Solignac pour éviter Limoges. J’ai décidé de contourner la ville pour des raisons de confort de marche. Sur le trajet Lionel me double à fond en criant « Ultreia » ! Je jalouse sa vitesse et sors du village en ronchonnant. La vue que m’offre la traversée de la Vienne par un petit pont me console : mon ami cycliste qui a suivi la route n’a pas eu accès à ce petit coin magnifique et quand bien même, il n’aurait pas eu le temps d’en profiter.

Pastels de Na Luther
Je fais un détours par Feytiat pour visiter l’exposition des pastellistes de France (la vérité est que je me suis plantée de chemin…) J’y redécouvre avec plaisir les Vieilles oubliées de mon ami peintre et lecteur assidu Jean-Charles Peyrouny. J’y admire également le travail de Na Luther qui s’intéresse à la poterie. Clin d’oeil à mon papa céramiste (en plus d’être GPS).

Exposition de pastel - Feytiat
.
.
J’arrive à Solignac vers 17 heures avec la ferme intention d’aller plus loin pour prendre de l’avance. Mais sur le trottoir je découvre un petit merle prostré, à demi mort de chaud. Je le secoue un peu du bout de ma chaussure et je vois qu’il ouvre le bec. Alors je déballe mon sac sur le bitume et je lui émiette des biscuits. Quand je lui fourre de l’eau dans le bec, il s’éveille un peu. C’est malin, maintenant je l’ai sur les bras. Je ne vais pas le laisser là… En longeant les routes j’ai croisé plus d’animaux morts que vivants. J’ai eu le temps d’étudier plusieurs états de décomposition, et le moment est venu pour moi de changer les cours des choses. Je remets mon sac et prend Robert (et oui) au creux de mes mains. Je sonne à la première maison venue pour proposer à l’adoption l’oisillon tombé du nid.
.
.
.
Je devais dépasser Solignac pour prendre de l’avance… Mais ce soir Robert et moi passons la nuit chez Raymonde et Guy qui nous ont accueillis généreusement. Demain je reprendrai la route, et Robert qui semble être tiré d’affaire s’envolera peut-être. (Le chat paraît quand même vivement intéressé !)

Robert reprend peu à peu des forces
Céline Chevallier
July 10th, 2010
After Seine, Loire and Creuse, Vienne. I am not dissatisfied with my choice of yesterday: stop at 2 pm in Saint Léonard de Noblat. The tourist information office indicates me pilgrims’ house for 10 euros night. Holiday cottages are more numerous as we approach Saint-Jean-Pied-de-Port, and their prices vary. For the tight budgets, it is better to travel with one’s tent or to be resolved to knock in doors (it is my case). In Spain, inns reserved for the pilgrims do not show any price: each one gives what he wishes, what he can. It is sometimes the case in France, otherwise it is necessary to count between 10 and 15 euros a person. More and more municipalities equip themselves, but if necessary there are alternatives. For the comfort, we can turn towards numerous guest houses, or even towards hotels.
I thus leave looking for keys by Marie Amandine, paper-maker of the church square which stamps crédencials. The holiday cottage is vast, appropriate and possesses washer and tumble-dryer … I wash all that I have! I spend the rest of the afternoon to work on my computer, to go shopping and to stroll in the streets of the city and its medieval vestiges. On returning to the holiday cottage I finally meet my first pilgrim. Lionel, about forty, travells the road with bike. He left as me Paris and crossed Vézelay.
In this morning I leave in the direction of Solignac to avoid Limoges. I decided to by-pass the city for reasons of comfort of walking. On the route Lionel doubles me quickly by shouting « Ultreia »! I am jealous of his speed and go out of the village by growling. The view which offers me the crossing of Vienne by a small bridge consoles me: my cycle friend who followed the road had no access to this magnificent small place and even though, he would not have had time to enjoy it.
I make one bends by Feytiat to visit the exhibition of the pastellistes of France (the truth is that I went the wrong way) I rediscover there with pleasure the Vieilles oubliées by my friend painter and diligent reader Jean-Charles Peyrouny. I also admire there Na Luther’s work which is interested in pottery. Wink to my dad ceramist (besides being GPS).
I arrive at Solignac at about 5 pm with the firm intention to go farther to set of advance. But on the pavement I discover a small blackbird, half dead of warmly . I shake him a little with the end of my shoe and I see that he opens his beak. Then I unpack my bag on the asphalt and I crumble him biscuits. When I stick him some water in the beak, he wakes up little. It is cunning, now I have got him on my arms. I am not going to leave him there … By following roads I crossed more animals dead than alive. I had time to study several states of decomposition, and the moment is caming for me to change the procedures. I hand my bag and take Robert (and yes) in the hollow of my hands. I ring at the first house to propose in the adoption the young bird fallen from the nest.
I had to exceed Solignac to set of advance … But this evening Robert and I spend the night at Raymonde and Guy’s who generously welcomed us. Tomorrow I shall take the road back, and Robert who seems to be got out of trouble will maybe fly away . (The cat seems all the same deeply interested!)